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  • Refuge SPA de Gennevilliers : l’écologie au centre du terrain

    D’ores et déjà considérée comme le plus grand refuge animalier d’Ile-de-France, la SPA Gennevilliers a récemment déménagé pour mieux combler ses locataires. C’est un vaste terrain trois fois plus grand que l’actuel, des niches et de l’herbe fauchée qui les attendent. Situé à seulement 1,5 kilomètre du lieu précédent, le nouveau refuge place l’écologie au sommet de ses préoccupations. Le voici enfin concrétisé ! Après une longue maturation du projet, l’ouverture des portes s’est déroulée le jeudi 7 novembre 2024. La principale cause de l’attente a résidé dans la recherche d’un terrain adapté à l’installation d’un tel lieu. La mairie a d’abord proposé une friche industrielle en échange du terrain actuel, mais l’opération de dépollution était elle-même un projet d’envergure. Alors, il a fallu investir, faire face aux difficultés et ne pas abandonner. Près de 15 millions d’euros ont été nécessaires pour ce nouveau site. Les contributions financières et les dons se sont rapidement mis en place. Le président de la SPA Jacques-Charles Fombonne a déclaré qu’il « espère bien inaugurer le refuge à la fin de l’année 2024, et peut-être même avant ». Le samedi 20 novembre 2021, la première pierre à l’édifice a été posée. Inscrit dans la stratégie de développement « SPA 2030 », le nouveau refuge compte maintenant offrir aux animaux de meilleures conditions de vie. Une fourrière de 170 places accueille des animaux errants avant de les donner à l’adoption. Cages et barreaux se voient remplacés par des structures plus accueillantes et des espaces verts. L’écologie est au centre du projet. Une attention particulière est accordée à la gestion de l’eau et de l’énergie, ainsi qu’à la réduction de l’impact carbone. Un avis de la Mission régionale d’autorité environnementale d’Ile-de-France sur le projet, publié en juillet 2018, relève simplement un besoin de mieux tenir compte de la distance entre l’implantation des bâtiments recevant les animaux et les locaux occupés par des habitants. L’évaluation des impacts sur l’environnement ne rend compte d’aucun risque significatif ou de nuisances possibles pour la population. Aussi, sensibiliser les citoyens à la condition animale de manière éducative fait partie des missions qu’envisage la SPA. Des actions ont déjà contribué à enlever au public et aux écoles un préjugé majeur de la SPA : celui de « l’univers carcéral ». Des réunions d’informations et une mini-ferme pédagogique ont par exemple été déployées. Georges Siffredi, président du Département, partage son enthousiasme et déclare : « Ces actions innovantes trouvent toute leur place dans le cadre des politiques que nous mettons en œuvre, tant dans le domaine des solidarités qu’en matière éducative ». C’est donc un refuge tout neuf qui prévoit de donner une chance à 200 chats, 144 chiens et 20 « Nac » (Nouveaux animaux de compagnie). Favoriser et préserver les espaces vastes et ouverts sont au cœur du projet, en relation avec le bien-être des petits occupants. Illustration : © Wikimedia Commons : Juin 1923 - Revue de la Société Protectrice des Animaux

  • Expérience de visiteur au musée du Louvre (1)

    Visite matinale au musée du Louvre. Alors que les œuvres se succèdent, des questions cheminent dans ma tête. Comment la Joconde de Léonard de Vinci est-elle devenue indétrônable parmi tant d’autres œuvres ? Pour quelles raisons la Vénus de Milo retient-elle autant l’attention ? Certaines hypothèses nous sont connues, mais l’explication de leur succès repose sûrement sur d’autres facteurs… La Joconde de Léonard de Vinci : des détails grandioses Depuis plus de 500 ans, la Joconde fascine le monde entier. Ce modeste portrait de femme conserve quelques mystères, qui entraînent justement l’engouement général. En premier lieu, qui est Monna Lisa ? Les sources contradictoires sur son identité apportent des zones d’ombres : serait-elle une jeune dame proche des Médicis ou bien un travesti ? Il s’agirait plutôt de l’épouse d’un marchand de soie florentin qui venait d’accoucher, d’où la présence de ce voile vaporeux porté à l’accoutumée par les jeunes mères. Ensuite, il y a des éléments clés du portrait. D’une part, le regard qui nous suit, dépourvue de sourcils et de cils… c’était en effet la mode du XVIe siècle, qui préférait l’épilation. D’autre part, le rictus à peine perceptible ; il nous trouble ce sourire ! Beaucoup essaient de chercher une interprétation plausible. Quant à la technique picturale de Léonard de Vinci, elle fond les contours et joue sur les ombres contrastées. L’effet est saillant et apporte un aspect vaporeux. Le tableau est entré sous le règne de François Ier dans les collections royales. Conservé tout d’abord au château de Fontainebleau, puis au château de Versailles, c’est en 1802 qu’il rejoint définitivement le Louvre au salon carré, sur ordre du Premier consul Bonaparte. Le tableau inspire alors les écrivains, ce qui contribue à son attrait intemporel poursuivi surtout au début du XXe siècle. Un petit tableau au grand effet, qui ne manque pas de détails et qui prend sa place en France. Voici ce qui a d’ailleurs causé son vol en 1911, par un italien convaincu que l'œuvre devait trouver sa légitimité en Italie. Elle a été présentée à nouveau au public deux ans après, et cet épisode a contribué à une renommée encore plus grande. La Joconde a été maintes fois sacralisée, réinterprétée, détournée, et reste une muse aux yeux de nombreux visiteurs. La Vénus de Milo : une technique d’origine Dans une autre partie du Louvre, la Vénus de Milo cache elle aussi une histoire incroyable. Tout d’abord, cette statue d’Aphrodite est la trouvaille fortuite d’un paysan grec en 1820, dans son jardin sur la petite île de Milos. Il déniche certaines pièces, le buste avec la tête et les jambes, mais les bras sont déjà manquants. La Vénus de Milo arrive rapidement au Louvre, après être passée entre les mains de l’ambassadeur de France en Turquie. Pour la présenter dignement au public, on la reconstitue et on lui met même des bras modernes. Mais ceux-ci ne restent pas bien longtemps, puisque le musée tient à respecter l’œuvre originale. En sait-on plus sur le sculpteur et l’origine de la statue ? En réalité, beaucoup d’éléments nous échappent encore. Nous ignorons qui a sculpté la Vénus de Milo, nous savons seulement qu’elle fut une œuvre de culte, certainement placée dans un temple sur l’île de Milos. La création est d’une finesse sublime, et sa construction peut faire référence à d’autres statues d’un artiste grec, nous disent les spécialistes. Si elle est devenue une œuvre majeure dans les collections, c’est en raison de sa sophistication : les détails des muscles du corps, les ornements, la disposition des vêtements et l’inclinaison des épaules participent également à sa complexité. Autant nous connaissons les grands traits historiques rattachés à ces deux chefs d’œuvres, autant ils conservent encore leur part de mystère. Les visiteurs du Louvre sont toujours aussi enjoués à l’idée de croiser les yeux de Mona Lisa, tandis qu’ils se demandent comment la Vénus de Milo tient encore debout. Finalement, c’est peut-être ces petits détails qui ajoutent à l’œuvre une force attractive. Reco lecture : Deux livres courts, écrits par Ludovic Laugier et illustrés avec humour par Thomas Baas : Mais qu’est-ce qu’elle a donc, cette Joconde ? (2016) Qu’est-ce qu’elle a donc, cette Vénus de Milo ? (2021) Ils invitent à découvrir tous les aspects connus et moins connus de ces deux œuvres emblématiques. De quoi ravir notre curiosité ! © www.wowlavie.com (illustration)

  • « La Tresse » : le passage des mots à l’écran

    Tu préfères te plonger dans la lecture de l’histoire avant de la regarder sur grand écran ? Ou bien avoir les yeux scintillants devant l’adaptation cinématographique d’un livre que tu te tâtes à acheter ? Chacun a certainement son propre avis sur la question. Pour moi, le choix ne s’est pas présenté lorsque j’ai côtoyé l’œuvre de Laetissia Colombani, La Tresse, tout simplement car l’adaptation au cinéma est sortie bien plus tard que le livre. Un roman pensé pour nous émouvoir En 2017, Laetissia Colombani publie son premier roman, pour lequel plus d’un million de lecteurs tombent sous le charme. Sa plume douce et son intrigue poignante sont d’un tel réconfort. Grâce à elle, il n’y a qu’un pas vers la diversité des cultures, la résilience et le courage, mais aussi l’amour de soi et des autres. Trois femmes sont les héroïnes de ce roman, chacune à un coin de la planète. La culture indienne est représentée par le biais de Smita, appartenant à la caste des Intouchables. En Sicile, nous rencontrons Giulia qui travaille dans l’atelier de son père. Enfin sur l’autre continent, Sarah travaille dans un prestigieux cabinet d’avocat et monte tranquillement les échelons, avant d’être frappée par la maladie. Sans le savoir, ces trois femmes sont liées par ce qu’elles ont de plus intime. Refusant le sort qui leur est réservé et choisissant de se battre, leurs cheminements offrent une véritable leçon de vie. Une adaptation libératrice du livre « La Tresse » Fin novembre 2023, une adaptation au cinéma de La Tresse sort en salle, réalisée par l’autrice elle-même. De la même façon que dans le livre, il y a un jeu intéressant du montage en forme d'ellipses. La mise en scène vise à transposer l'énergie et le rythme propre de chaque héroïne. L’enjeu était de faire résonner ces intrigues tressées ensemble et de prendre le spectateur par la main pour l’aider à tisser lui-même les brins. Le côté poétique ressort admirablement bien dans le film, notamment par des plans larges embrassant les villes. Les musiques, composées par Ludovico Einaudi spécialement pour l’occasion, serrent le cœur. Dans le roman, j’ai remarqué que les dialogues étaient mis en avant de façon particulière : pas d’incises, juste un retour à la ligne, comme pour épurer le propos et garder l’essentiel. Dans le film, l’équilibre est plus présent entre des dialogues et une enveloppe cinématographique dense. En conclusion, ce film libère les cœurs et les fait chanter, comme il libère des personnages d’une écriture vibrante mais moins itinérante... © La trenza - Ver Online en Español Latino (illustration)

  • Un septième sens

    Je vous rassure d’emblée : il n’y a pas d’erreur dans le titre. Nous avons bien cinq sens et, alors que le sixième est souvent attribué à l’intuition, Fabrice Midal propose dans son dernier livre, La théorie du bourgeon, le concept du septième sens. C’est dans un podcast de Brut.Philo que le philosophe, auteur et enseignant évoque l’idée que ce septième sens représenterait notre capacité à entrer en résonance avec les situations et les choses de la vie. Au premier abord, cela paraît ésotérique. Pourtant, Fabrice Midal insiste sur son côté ordinaire en partageant à juste titre un exemple tiré de sa vie courante : des mots purement informatifs prononcés par un lecteur qu’il a croisé dans la rue et qui ont résonné pour lui avec profondeur et intimité dans l’échange et dans la présence. Si nos cinq sens constituent notre manière d’entrer en rapport avec le monde, tel un fil tendu au-dessus de nous, il faudrait voir ce septième sens comme la mise en résonance de ce fil sous forme d’ondes. L’attention que l’on porte à cet effet serait pour Fabrice Midal perdue de nos jours ; plutôt que de tout vouloir comprendre, une situation ne gagnerait-elle pas en légèreté si on donnait droit à ce septième sens ? Le philosophe confie avoir lutté contre le découragement un bon nombre d’années, et persévéré jusqu’à se faire une place dans la philosophie contemporaine. En passant les concours cinq fois, il ne dément pas avoir vécu avec des ornières pour entrer dans le moule, s’être acharné à réussir sans reprendre son souffle. « En acceptant d’arrêter l’obsession de vouloir entrer dans le monde, on se rend compte des options, des autres chemins qui s’offrent à nous. » Une fois qu’il a pris conscience de son rapport obsessionnel à la rentabilité, Fabrice Midal s’est ouvert à de nouveaux horizons, toujours en lien avec la philosophie. Il est devenu Youtuber, éditeur et a écrit des livres, dont son dernier La théorie du bourgeon. Pour s’y intéresser plus en profondeur, celui-ci traite de l’élan vital, de l’importance d’abandonner l’idée de vouloir tout gérer et contrôler. Le capitalisme est tel qu’il inhibe les émotions et les affects dans sa roue de surproduction. Le burn-out est également évoqué dans le livre, en tant qu’instrumentalisation de soi et de rapport malsain au travail. Ce découragement dont parle très souvent le philosophe, est le reflet d’un problème structurel : l’univers dans lequel nous sommes nous donnerait l’impression qu’on est impuissant, inefficace, honteux. La société élabore de plus en plus d’outils qui volent notre attention, nous obligeant à leur déléguer notre capacité de choisir. S’entraîner avec des gestes simples pour réapprendre à entrer en résonance avec le spectacle du monde nous aiderait à redevenir vivant et à sortir de la lassitude. C’est ainsi que se trouve, par une analyse philosophique et humaine, une réponse au découragement : apprendre à refaire alliance avec nos sens et à accueillir (si le cœur nous en dit) un nouveau récepteur. ➡️ Brut.Podcast - Brut.Philo - comment lutter contre le découragement, par Fabrice Midal (google.com) © Elans du coeur - Oasis Voyages, l'Eveil aux Mondes (illustration)

  • Poèmes d'une saison d'hiver

    La symphonie du cœur C’est lorsqu’un rayon vient tiédir le visage, Que les rires se multiplient au fil des âges, Ou qu’un sourire qu’on n’attendait plus s’envisage. La symphonie du cœur C’est ce que le jour doit à la nuit, Ce que l’on offre comme douceur à minuit, Ou ce que l’on cherche lorsqu’on s’enfuit. . On oublie vite ce que ça fait, De pardonner. Si vite, Qu'on repart pour les mêmes batailles. . Il y a ces yeux qui se plissent. Sur toutes ces trouvailles étrangères Qui n'ont aucune place dans l'inventaire ; Ces mélodies désagréables Qui heurtent les voix en plein travail. Il y a ces yeux qui se lisent. Ils se parlent, ils s'accueillent Sans étouffer leurs propres écueils. Ah ils ne se promettent peut-être rien ! Parfois juste, le monde est bien. . O.D. © Unsplash (illustration)

  • « Avancer » : des destins pris en main par Maria Pourchet

    Dans un style dépouillé et humoristique, Maria Pourchet dépeint une vie de famille non-ordinaire et fait virevolter les états d’âmes de son héroïne, Victoria. Avancer, c’est le premier roman de l’écrivaine de 32 ans, paru en 2012 aux éditions Gallimard. Mettre le désordre, ce n’est pas exclusivement réservé aux adolescents. Si vous n’en n’êtes pas convaincus, laissez-nous vous parler de la fiction de Maria Pourchet. Tout semble à sa place pour Marie-Laure, alias Victoria. Même les deux prénoms qu’elle s’est attribuée, un ringard et un chic, sont en ordre. Depuis l’abandon de ses études, cette jeune femme n’est pas résolue à perdre son temps dans un travail sans intérêt. Convaincue qu’une « voie royale » l’attend, elle est disposée à étudier n'importe quelle offre du Destin. Marc-Ange, professeur de sociologie qui l’entretient, l’a accueillie dans son appartement parisien avec son fils surdoué de dix ans, le Petit. A travers des dialogues réalistes et des scènes plus ou moins drôles, les personnages cheminent et apprennent à se connaître eux-mêmes. L’autrice du roman nous convie à un discours ouvert sur la société. Des familles recomposées, des intellectuels prétentieux et précaires, des sans-abris impolis. Le roman ne se contente pas d’une seule figure désordonnée, mais jongle plutôt entre différentes caricatures désopilantes. En somme, pas de personnages lisses ! Certains déstabilisent également. Le Petit, par exemple, trouble la vie de sa famille. Émanent évidemment de cette lecture des réflexions d’ordre social : qu’attendre de son prochain ? Et comment avancer ? Entre les deux SDF, le père et le fils Dupont que Victoria observe souvent depuis son balcon, et les amis bourgeois du sociologue, un contraste se forme nettement. Le trou du chantier dans lequel résident les deux sans-abris est une parfaite métaphore de la vie qui n’avance pas. Entre temps, on oscille entre des passages à la première personne, où Victoria s’exprime ouvertement, et d’autres à la troisième dans lesquels elle prend de la hauteur. En plus d’être original, le style est travaillé ; un vrai coup de maître de la part de la jeune autrice. Un conseil : ne vous prenez pas trop la tête avec les jeux de mots au premier ou au second degré. Vous aimerez sans doute mieux les allusions culturelles fines à la littérature ou la chanson. Dans ce roman d’environ 250 pages, Maria Pourchet nous livre un regard cynique et humoristique sur notre temps moderne. On est bien loin d’un ouvrage sans espoir ni issue favorable. Son écriture est salvatrice, autant dans l’approche naturelle qu’elle a du quotidien, que dans la vivacité de l’enchaînement de ses phrases. A la lecture, on se sent bien, peut-être mieux. On se sent concerné, et happé par le réalisme avec lequel l’autrice compose. Avancer, ce sont des mondes qui s’entrechoquent pour mieux se parler. Autant dire que Maria Pourchet prend très bien en main son rôle d’intermédiaire. © Unsplash (illustration)

  • [Non-fiction] Changer

    Il y a tellement de raisons de changer et de façons d’évoluer. Pour un temps ou pour de bon, pour avoir ou pour être quelque chose. Je crois que le monde est peuplé d’idées neuves, que des envies de les mettre au jour y sommeillent. Qu’il soit pour soi ou pour l’autre, le changement ne prévient pas toujours. Je crois qu’on peut se lever un matin avec une fraîche raison de changer. Changer quoi ? De vie, de coupe de cheveux, de travail, ou bien ses fringues qu’on avait pourtant choisies la veille. Avec de la volonté et ce mot à la mode, « le déclic », on examine son quotidien, on s’imagine, dans une semaine ou deux ans, comment il se portera. Tout dépend de la teneur du chantier. On idéalise, un peu avouons le, le bénéfice. Quelques jours après, on devient accro, obnubilé par le changement qu’on cherche à opérer. S’il peut être fait le plus vite possible, tant mieux. Certains en parlent même autour d’eux, et s’en vantent un tout petit peu. D’autres l’intériorisent, l’enfoncent dans leur poumons pour le respirer jour et nuit, et ainsi garder le cap. La raison, c’est l’influence, le point de départ. Elle peut arriver sans s’annoncer, comme elle peut s’établir progressivement. Je pense aux nouvelles apprises au bout du fil, je pense aux rencontres, les plus belles et les plus anodines, je pense aux naissances et aux morts. Je pense aux tragédies, aux voyages, aux manifestations, aux lectures et aux visionnages. Je m’imagine le jour où tout a changé pour mes parents, la dernière heure avant la fin de mes études. Je repense à la soirée où j’ai fini bordée par l’amour, le repas interrompu par le coup de téléphone. Ou encore le café siroté près de la Tour Eiffel qui m’a coûté tellement cher que je n’ose plus imaginer m’installer à Paris. J’aime ces moments de justesse, ces quelques minutes ou ces années à méditer, à vouloir se changer avant de se lancer pour de vrai. Je pense aussi à ceux qui gambergent, pris par la douleur, le temps, l’hésitation. Ceux qui n’ont pas de changements imminents, d’annonces à faire. Vous réaliserez que le temps est un luxe, une chance, et qu’il va de pair avec l’évolution. O.D. © Unsplash (illustration)

  • Les JO antiques : origines et disciplines

    Les Jeux Olympiques prennent leurs racines en Grèce antique, il y a 3000 ans. C’est à Olympie que se déroulent les concours sportifs, très attendus par le public. À l’instar de nos Jeux modernes, ceux-ci se tiennent tous les quatre ans ; on nomme « Olympiade » la période qui sépare chaque édition. Pendant près de douze siècles, l’olympisme rayonne en Grèce, tant par les exploits sportifs que l’importance sociale et culturelle de l’évènement. Revenons sur les disciplines en compétition, ainsi que les pratiques originelles de cette institution, à l'heure où les JO de Paris 2024 ont la cote ! 🏅 Les origines connues Les raisons exactes de la création des Jeux Olympiques restent aujourd’hui dans le sillage de la mythologie. Olympie, dans la région du Péloponnèse au Sud, est le lieu vers lequel tous les regards se tournent. À l’accoutumée, on s’y rend pour vénérer les dieux. Les Jeux auraient été créés en l’honneur de Zeus, la divinité suprême. Dès lors, les athlètes le prient pour remporter la victoire et les spectateurs lui font des offrandes. En temps de paix comme en temps de guerre, les Jeux prennent place. Les citoyens grecs peuvent participer, qu’ils soient fortunés ou de simples fermiers. En réalité, il y a majoritairement des soldats. Les femmes et les étrangers n’ont ni le droit d’être en compétition, ni le droit d’y assister. Tous les athlètes sont nus, et pour les sports de combat, l’abandon est possible, à condition que le sportif ne meure pas avant... Le programme sportif Grâce à des sources écrites, nous connaissons la date exacte de la première édition des Jeux : ce fut en 776 avant J.-C. Voici un recensement des épreuves originelles : Discipline Épreuve Précision Date d'intégration Course à pied Dromos Course de vitesse du stade (600 pieds, 192,27 mètres) Dès la première édition Course à pied Diaulos Course à pied d'un double stade En 724 avant J.-C. Course à pied Dolichos Course de fond de 24 stades En 720 avant J.-C. Sport de combat Lutte Les athlètes étaient couverts d'huile En 708 avant J.-C. Pentathlon Lancement du disque, Jet du javelot et Saut en longueur La discipline inclut aussi la course à pied et la lutte En 708 avant J.-C. Sport de combat Pugilat Ancêtre de la boxe anglaise En 688 avant J.-C. Equitation Courses de quadriges Le quadrige est un char antique attelé de quatre chevaux En 680 avant J.-C. Sport de combat Pancrace Associe la lutte et la boxe, pas de catégories de poids ni de victoires aux points En 648 avant J.-C. Le programme n’aurait pas été fixe selon les siècles. Jusqu’en 684 avant J.-C., les épreuves étaient organisées sur un jour seulement. La durée fut portée par la suite sur trois jours, avant de passer au Ve siècle avant J.-C. à cinq jours. La popularité des Jeux ne cesse de croître et atteint son point d’orgue au Ve siècle avant J.-C. C’est d’ailleurs en 632 avant J.-C. que les Jeux Olympiques incluent des concours destinés à des participants de 12 à 18 ans. Ce moment-là marque le début d’une compétition plus organisée, dont le programme sportif est établi sur dix épreuves. En plus de celles inscrites dans le tableau ci-dessus, la course à cheval monté et l'hoplitodrome (une course en armes qui intègre le programme en 520 avant J.-C.) sont ajoutés. Les rituels et les grands noms L’organisation des Jeux modernes obéit à des rituels précis, dont l’instauration remonte aux premières éditions de la Grèce antique. Par exemple, la cérémonie d’ouverture est déjà grandiose. C’est au onzième jour du mois d’hécatombéon (juillet-août) qu’Olympie s’active. Pour cette cérémonie religieuse, il vous faut un sacrifice à Zeus, une procession vers le temple, et un serment de tous les participants. Cela ne va pas sans un défilé festif vers le stade ! Dix magistrats, les hellanodices, sont désignés et chargés de maintenir le bon déroulement des Jeux. Parmi les grands noms de l’olympisme antique, vous pouvez entendre parler de Milon de Crotone, sextuple champion olympique en lutte. Plus insolite encore, la fille du roi de Sparte, Kyniska, a remporté deux fois la course de quadriges. Bien que les femmes n’aient pas l’autorisation de participer, Kyniska a pu réclamer sa victoire du fait de son statut de propriétaire de chars. La tradition voulait en effet que les vainqueurs des courses hippiques ne soient pas les coureurs, mais bien les propriétaires. Plus de 40 000 spectateurs assistent aux exploits des athlètes, ainsi qu’à la remise de leur couronne de feuilles d’olivier. Il faut également savoir que la flamme olympique n’est pas un héritage des Jeux de la Grèce antique. Elle a effectivement été instaurée lors des Jeux de Berlin en 1936. En 393 après J.-C., les Romains interdisent les Jeux, après la conquête de la Grèce par Rome. Plus tard, en 1894, Pierre de Coubertin décide de relancer la tradition, et la célébration des 1ers Jeux de l'ère moderne a lieu à Athènes, en 1896. En 1924, les JO d'hiver ont été ajoutés, puis en 1948, l’histoire des Jeux Paralympiques commence ! © Wikimedia Commons (illustrations)

  • « Culottées » : 5 questions pour comprendre l'œuvre de Pénélope Bagieu

    Au cours de l’Histoire, de nombreuses femmes sont restées sous leur ombrelle par pudeur, ou pour laisser la lumière aux hommes de leur entourage. Pourtant, nombreuses sont celles qui ont fait preuve d’une volonté à toute épreuve, décidées à mener la vie de leur choix. La bande dessinée Culottées, composée de deux tomes publiés en 2016 et 2017, rassemble trente portraits de femmes ayant bravé la pression sociale de leur époque. En quoi l'œuvre est-elle une lecture agréable autant que nécessaire ? Pour quoi se battent-elles ? Le sous-titre « Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » révèle un point de départ de la réponse. L’autrice consacre quelques pages à des femmes de tous les continents, nées à différentes époques et issues de divers milieux sociaux. Devinant les fissures qui attaquent leur monde protégé, elles ont choisi de les ignorer et de vivre leur vie comme elles l’entendent. Dans leur histoire, les combats se placent à différentes échelles. Tout d’abord, il faut se battre pour une vie meilleure. Prenons l’exemple de Sonita Alizadeh, rappeuse d’origine afghane. Elle parvient à s’échapper de sa réalité pour s’envoler en Amérique vers son rêve : au lieu d’être mariée de force comme il est prévu, elle est repérée par une école de musique. Avec un courage exemplaire, Sonita mène son propre combat pour l’évolution des mentalités. Mais il s’agit aussi de se battre pour son pays. Les sœurs Mirabal, surnommées les Mariposas, grandissent en République dominicaine. Elles contestent de plus en plus la dictature de Rafael Trujillo à ce moment-là en place, et s’engagent alors dans la lutte contre le régime politique. Après avoir été emprisonnées et torturées, elles deviennent un symbole de révolution auprès des Dominicains. La transition vers la démocratie se fait d’ailleurs quelques mois après leur élimination. Enfin, se battre pour toutes les autres femmes apparaît comme déterminant. L’exemple de la journaliste américaine Nellie Bly, née Elizabeth Cochran et de parents irlandais, montre toute la ténacité dont il faut faire preuve pour se faire une place en tant que femme dans son domaine. Reconnue comme journaliste d’investigation suite à une infiltration dans un asile psychiatrique, puis sans cesse en renouvellement pour conserver sa place, son audace lui a permis de devenir une pionnière de l’émancipation féminine. Qu’apporte le style graphique de bande dessinée au propos et aux histoires ? Ouvrir la BD Culottées, c’est se remplir de gaieté. Le style artistique est léger, expressif. Il se démarque grâce aux illustrations qui combinent des traits nets, souples et nerveux, avec de belles ambiances colorées. Le dessin permet de caractériser un individu, de mettre un visage et un corps sur un nom. Chaque femme est en ce sens mise à l’honneur par un effet de concrétisation de sa personne. On apprécie et on visualise plus facilement son environnement. Ces planches de BD feraient presque penser à une collection de photos, comme pour signifier qu’elles ont enfin une médiatisation. Néanmoins, le style bande dessinée ne laisse pas un espace illimité. Le regret que l’on peut alors émettre est de se trouver face à des biographies rapidement contées. En quoi cette BD est-elle engagée ? Culottées vise à honorer des parcours de femmes qui n’ont pas eu de reconnaissance à leur époque et selon le contexte social. L’œuvre véhicule un droit pour les femmes de rendre compte de leurs mérites, de s’exprimer à travers le temps. Elle insuffle des valeurs d’égalité, de défense des droits, et s’inscrit donc dans le genre féministe. Pénélope Bagieu, elle-même engagée, est comme une médiatrice au milieu de ces voix retentissantes : elle assure ainsi une visibilité qu’elles n’ont pas souvent pu avoir. Pourquoi pourrait-on dire que l'œuvre est plus intelligente qu’elle n’y paraît ? Si le style imagé reprend des codes humoristiques et simplistes, il est crucial de discerner ce qui se cache potentiellement derrière. En effet, un paquet de déconstructions de préjugés est mis sous nos yeux, autrement dit l'autrice demande à cesser ces a priori selon lesquels les femmes se sont contentées de suivre ce qu’on voulait d’elles. Pénélope Bagieu se montre ici comme une médiatrice dans le rétablissement d’un équilibre et d’une glorification portée aussi au féminin. Le titre Culottées est de fait intéressant car il révèle avec humour à quel point ces femmes se sont imposées en rejetant ce qui les incombait, et reprend ce qu’on aurait pu dire d’elles, péjorativement ou à leur avantage. Mais aussi, l’autrice a su présenter ces trente femmes comme des battantes et non comme des victimes. Remarquons ce qui se passe en même temps que la mise en lumière de ces femmes : il y a une déconstruction des idées reçues sur le féminisme. Les différentes approches du mouvement sont palpables, et induisent qu’il est dépourvu d’une vision unique. À travers ces récits de femmes prêtes à soulever des montagnes, les hommes trouvent également leur place et ne voient pas leur intégrité remise en cause. Finalement, que retenir de l'œuvre ? D’une part, l’œuvre donne l’élan et l’envie d'aller se documenter un peu plus sur ces femmes remarquables. Son dynamisme se reflète par des dessins drôles et pétillants. En l’étudiant plus en profondeur, on identifie son caractère organique : elle engendre un ensemble de déconstructions, répond à des engagements envers le féminisme. En somme, c’est une BD invitant à retenir l’ensemble des histoires contées au féminin, et à s’approprier son destin. Conseil de visionnage : Dessiner pour résister, une série Arte qui dresse le portrait de caricaturistes luttant pour l'émancipation des femmes et dénonçant les oppressions dont elles sont victimes dans leur pays. Illustrations : © GLMDC © actualitte.com © madmoizelle.com

  • Les dessous du Monde de Mario

    « It's-a me, Mario ! » Vous l’avez certainement déjà entendu, sur votre écran ou auprès de vos enfants. Depuis plus de 40 ans, Mario est une icône du jeu vidéo. Il apparaît pour la première fois en 1981 dans le jeu Donkey Kong. Alors, comment le personnage à l’accent italien et son univers sont-ils devenus emblématiques ? Le créateur japonais de Mario, Shigeru Miyamoto le nomme à l’origine “Jumpman” et lui attribue le métier de charpentier. Puis, en 1985 le jeu Super Mario Bros remporte un franc succès et le personnage, désormais plombier, acquiert ses plus célèbres caractéristiques. Dans plusieurs jeux Mario, nous découvrons les différents royaumes et les îles alentour. Saviez-vous qu’en ces lieux l’économie admet un véritable cours de la monnaie ? Il semblerait que les 100 pièces d’or nécessaires pour ressusciter équivaudraient à 820€ dans la vie réelle, autrement dit la vie humaine dans Mario serait estimée au prix d’une petite Clio. Dans tous les cas, l’aventure menée est d’apparence simple : Mario doit combattre le terrible Bowser et son armée, dans le but de sauver la princesse Peach et son Royaume Champignon. Mais alors, qu’est-ce qui rend l’univers si attrayant ? Des personnages tous plus appréciés les uns que les autres Mario est sorti dans une ribambelle de jeux aux styles très différents, où il a été dépeint comme un personnage jovial, au grand cœur. Au fil des aventures, nous découvrons de nouveaux personnages, alliés ou ennemis, dont six que l’on retrouve bien souvent. Le duo fraternel, Mario et Luigi, est incontestablement très apprécié. Luigi a un côté plus peureux et maladroit et peut rester dans l’ombre de son frère. Cela n’empêche pas qu’il réussit à trouver la force nécessaire pour s’allier à lui. Quant à la princesse Peach, c'est une personne calme et attentionnée, qui aime prendre soin de son royaume et de ses habitants, les Toads. Elle a montré à plusieurs reprises qu’elle savait être compétitive dans les jeux sportifs, mais rejoint quand bien même le stéréotype de la princesse en danger. De nature pacifique et d’apparence de petit champignon, Toad fait partie des serviteurs fidèles, vivant paisiblement auprès de la princesse. Son insouciance lui fait parfois manquer de vigilance. Yoshi est à peu près du même caractère ; à la croisée entre un petit dinosaure et une tortue, il est avant tout l’un des meilleurs amis de Mario. Initialement, Yoshi était une simple monture qui a pu aider Bébé Mario à sauver son frère Bébé Luigi des mains de Bowser. Ce dernier apparaît dès les débuts du monde de Mario. Éternel ennemi et roi des Koopas, son apparence monstrueuse lui confère aussi des pouvoirs dévastateurs. S’il capture sans cesse la princesse Peach, c’est qu’il aimerait se marier avec elle ! Il dirige une grande armée de Goombas, de Koopas, mais est très égoïste et sournois, à défaut d’être scrupuleux. Ainsi, ces personnages principaux de l’univers de Mario sont attachants. Lorsque le joueur choisit celui qu’il souhaite incarner pour une partie collective, il le fait généralement par affinité. Les stéréotypes dégagés amusent, et l’histoire en elle-même contribue à tenir en haleine les joueurs en attente de nouvelles aventures. Par la suite, des jeux comme Luigi’s Mansion, Yoshi’s Crafted Island ou Princess Peach showtime ont permis de connaître plus individuellement les personnages et leur histoire. Des looks intemporels, des jeux transgénérationnels Le personnage de Mario doit à la technologie de l'époque son design particulier : les graphistes devaient travailler avec une faible résolution d'image ce qui rendait particulièrement difficile l'inclusion de détails. Ainsi, une moustache permettait de ne pas avoir à dessiner une bouche, une casquette de ne pas avoir à animer des cheveux, et les couleurs principales bleu et rouge d’éviter d’utiliser des palettes trop diversifiées. Nous constatons aussi l’intemporalité des looks des différents personnages, qui évoluent peu au fil des sorties de jeux. Seul le graphisme change évidemment suivant le développement des outils, ce qui fait partie des attentes des joueurs. Depuis 1981, il est flagrant qu’une volonté de modernité s’affirme, autant dans le design que dans l’histoire. De nombreuses innovations voient également le jour autour de l’univers transgénérationnel de Mario. D’une part, les personnages se montrent très polyvalents. On le voit au nombre incalculable de sports auxquels ils s’essaient durant leur temps libre, entre deux sauvetages. Ensuite, de nouveaux ajouts de personnages tout aussi emblématiques viennent combler la curiosité du public : Wario, crée en 1992 et ami d’enfance de Mario, qui a vu naître en lui une jalousie et une rivalité envers l’icône populaire ; Waluigi, à l’allure excentrique et acolyte de Wario, s’est révélé dès 2000 le rival de Luigi ; enfin plus récemment, Harmonie apparaît en 2007, elle est originaire d’une planète lointaine et aide souvent Mario dans ses quêtes. L’histoire et l’univers se déploient à une vitesse folle, et sont dotés d’une richesse qui l’est encore plus avec des objets magiques et des pouvoirs extraordinaires. D’autre part, les créateurs de Mario ont fait preuve d’ouverture d'esprit en célébrant l’univers Nintendo par des jeux comme Super Smash Bros ou encore ses Jeux Olympiques, où notre héros moustachu est accompagné de Sonic. Par ailleurs, les plus jeunes ne le savent peut-être pas, mais il existe une adaptation cinématographique de Mario, sortie en 1993. C’est l’acteur Bob Hoskins qui prête ses traits au héros, et si le film comporte quelques niveaux de lecture de niche, il est devenu culte pour de nombreux fans. Il fut suivi l’an dernier par Super Mario Bros réalisé par Aaron Horvath et Michael Jelenic. Vous n’avez maintenant plus qu’à donner vie à cet univers : “here we go ! ” Note pour les fans : La firme Nintendo, à qui l’on doit Mario ou encore Zelda, prévoit pour 2024 d’ouvrir le “Nintendo Museum” au Japon près de Kyoto (ouest du pays). Afin de retracer ses plus de 130 ans d’histoire, l’entreprise mise gros ! En 2021, elle avait déjà dédié à son univers une zone de loisir dans l’immense parc d’attractions des studios Universal Japan à Osaka, dans l’ouest du Japon. © Film "Super Mario Bros" de Aaron Horvath et Michael Jelenic (illustrations)

  • Quelle est la recette d’un bon Miyazaki ?

    Je n'ai pas hésité une seconde à me rendre à l'événement « Japan Mania » des cinémas mk2. Résultat : je suis allée voir le film d’animation japonaise Le château dans le ciel de Hayao Miyazaki. J’en suis ressortie touchée et inspirée. Quelle est la recette d’un bon Miyazaki ? me suis-je alors questionnée. « On va voir un Miyazaki ? » Combien de fois ai-je entendu cette expression, qui reprend le nom du réalisateur japonais en tant que nom commun. Les films de Hayao Miyazaki deviennent tant incontournables qu’ils sont retenus essentiellement pour leur auteur. Et lorsque le maître annonce une sortie imminente, c’est avec intérêt et hâte que le public se réunit, comme pour la plus récente Le Garçon et le Héron. Il s’agit, semblerait-il, de la dernière production de la carrière du réalisateur, qui atteint effectivement l’âge de la retraite. Ayant recueilli des critiques élogieuses, mais aussi plus mitigées sur cette ultime proposition, cela m’a donné envie de m’interroger sur ce qui est attendu d’un Miyazaki et ce qui a fait sa renommée. Au fil des chefs-d’œuvre, on décèle en effet un certain nombre d’ingrédients indissociables. Trois principaux sont ressortis de mon dernier visionnage et de mes souvenirs ; passons les en revue successivement. Un univers poétique... … jalonné de héros inoubliables Sûrement avez-vous déjà eu connaissance de Totoro, Ponyo ou encore Nausicäa, issus respectivement des longs-métrages Mon Voisin Totoro (1999), Ponyo sur la falaise (2009), et Nausicäa de la Vallée du Vent (2006). Ces héros ont fait rêver des générations de spectateurs. Par leur histoire et leurs particularités, ils contribuent à rendre les animations percutantes. On s’attache aussi bien à une créature étrange au pelage gris, capable de défier les lois de la gravité, qu’à une petite fille poisson coincée entre le monde des humains et celui des dieux de la mer. On se rend compte qu’ils sont des guides pour les humains du film, et qu’ils leur font découvrir des lieux ou des parties d’eux-mêmes insoupçonnés. Une certaine poésie se dégage par ces cheminements que l’on n’avait pas anticipés. Souvent, ce sont des enfants qui jouent le rôle des grands en s’aventurant avec témérité là où l’intrigue les mène. Nés de l’imagination du maestro, l’ensemble de ces héros subliment la nature. Ils cohabitent avec elle, tout en montrant les limites que peut engendrer cette contiguïté. L’exemple de Nausicäa s’impose dès lors où l’on considère les actes malintentionnés des humains envers les territoires naturels : la jeune femme tente de défendre vigoureusement son peuple face à des tentatives d’écocides. C’est d’ailleurs suite à ce succès incontestable que le Studio Ghibli voit le jour au Japon en 1985. … mais aussi truffé de péripéties Des obstacles, des apprentissages, des apparitions ; nous frissonnons en même temps que les héros qui n’ont décidément pas froid aux yeux. Prêts à partir à la quête du château dans le ciel, Sheeta et Pazu voient les embûches se succéder dans mon dernier visionnage Le château dans le ciel (2003). On est véritablement émerveillé par le courage des protagonistes, auquel s’allie l’amour qu’ils se portent. Par ailleurs, Mahito découvre, lui, une tour abandonnée qui est un accès direct à un monde parallèle et fantasmagorique. Le fameux héron cendré s’obstine alors à le suivre, ce qui lui vaut sa place dans le titre : Le Garçon et le Héron (2023). Alors que pour ces deux films cités la curiosité finit par donner un tout autre tournant aux excursions, Chihiro choisit plutôt de prendre la fuite dans Le Voyage de Chihiro (2002). C’est après cela qu’une rencontre énigmatique lui apportera une vision nouvelle. Chaque voyage dans les films de Miyazaki révèle leur sens profond petit à petit. Les scénarios sont riches en enseignement pour les personnages, on pourrait parler de « voyages initiatiques ». Conduits de manière saisissante, on est happé de bout en bout. Toujours à la frontière entre le réel et la magie… … en quête d’émancipation Les larmes glissent silencieusement, l’émotion est là. C’est peut-être cette force palpable, ces destins touchants. La réalité rattrape, comme on dit, mais la magie opère dans la plupart des films d’animation de Hayao Miyazaki. Représenté avec un regard bienveillant et innocent sur la sorcellerie, l’éloignement du domicile familial de Kiki recèle de découvertes touchantes pour chacun de nous, dans Kiki la petite sorcière (2004). Dans un autre contexte, le jeune archer Ashitaka cherche à se défaire de sa malédiction. Sa rencontre avec San (Princesse Mononoké) change le cours de son destin, elle défend pour sa part une forêt en voie d’extinction face aux activités humaines. On a donc des protagonistes à l’épreuve, en quête d’émancipation. A travers ces trajectoires, se mêlent des récits poétiques et tragiques, surtout dans le long-métrage Princesse Mononoké (2000) où nous avons aussi bien un film de guerre qu’une histoire d’amour. Cet alliage d’une grande subtilité ne peut que vous conquérir ! … en recherche de transparence Nous l'avons dit, les films de Hayao Miyazaki sont dotés d’une formidable poésie. Mais connaissez-vous les références de certains de ses chefs-d’œuvre ? Prenons Le Château ambulant (2005) par exemple : ce film fantastique mélange subtilement le comique et le tragique, à travers les motifs de l'aventure et de l'amour, tout en racontant le traumatisme de la guerre au Japon. Ainsi, un regard est porté sur le rapport bousculé des humains à la guerre, nous sommes secoués autant que attentifs. De la même manière, Porco Rosso (1995) nous plonge au cœur de la flotte italienne, là où un ancien pilote émérite se voit transformer en cochon. Toute une fable politique se découvre au fur et à mesure, notamment lorsque Porco Rosso déclare préférer être un cochon qu’un fasciste. Ce film, moins connu du grand public, est pourtant l’une des plus belles créations qui explore des thèmes audacieux. D’autres motifs sont aussi exploités avec brio, comme celui de la perte, et montrent à plusieurs reprises la maturité des héros. L'acceptation des différences est de même bien souvent recherchée. Ainsi, l’innocence et l'émerveillement qu'on associe habituellement aux enfants sont tout à fait repérables dans les œuvres du réalisateur japonais, mais ceux-ci s'associent à l'intelligence, la ruse et la débrouillardise dont font preuve les personnages. Leurs jeunes âges ne laissent transparaître que peu de craintes, au contraire, une hardiesse assez fascinante. Visuellement, c’est époustouflant. La véritable force de la filmographie est effectivement la beauté qui apparaît dans les paysages, ainsi que les musiques. On voyage, c'est aussi simple que ça. Une recette que l’on retrouve dans tous les films de Miyazaki, ceux évoqués dans cet article et bien d'autres encore. © GLMDC (illustration)

  • Entre droit moral et liberté créatrice, l’affaire « Cérésa » accuse le coup

    En 2001, la plume de François Cérésa s’accorde avec la maison d’édition Plon pour publier deux romans qu’ils présentent comme la suite des Misérables de Victor Hugo. Cosette ou le temps des illusions suivi de Marius ou le fugitif constituent cette saga de deux tomes. Des retours mitigés sont apportés à l’auteur et journaliste littéraire du Nouvel Observateur. Les descendants de l’écrivain du XIXe siècle manifestent notamment avec ardeur leur mécontentement. Alors, a-t-on trouvé un équilibre entre droit moral et liberté créatrice dans cette longue affaire ? Un premier camp se crée mené par Pierre Hugo, arrière arrière-petit-fils de l'écrivain romantique, qui conteste les deux ouvrages portant, à ses yeux, atteinte à l’œuvre originale. Plus particulièrement, les héritiers s’indignent devant la réapparition de Javert, le fameux inspecteur de police que Victor Hugo avait fait mourir. L’essayiste et journaliste française Natacha Polony affirme clairement le même message : « Annuler la mort de Javert, c’est gommer une scène qui est une des pierres d’angle de l’édifice et risquer, rétrospectivement, de faire effondrer la cathédrale. C’est en tout cas ne rien comprendre à l’écriture de Victor Hugo. » Natacha Polony, « Son œuvre n’est pas une marchandise », Le Monde, 27 juin 2001 En contrepartie, l’autre camp clame allègrement cette « seconde vie », donnée au roman et aux personnages. Une série de procès tenaces tente par la suite de démêler cette histoire, en examinant ce qu’en auraient pensé le vénérable Victor Hugo et la loi. Cette bataille s’avère assez intéressante en matière de jurisprudence. En effet, des propos de l'auteur lui-même sont ressortis pour alimenter le débat. « Une fois la chose faite [le livre, ndlr], ne vous ravisez pas, n'y touchez pas », citent les premiers. « Quand je serai mort, la propriété de mes œuvres appartiendra à mes enfants. Qu'ils en usent librement (...) Je donne mes œuvres à la France. Que le domaine public les donne au peuple. » rétorquent les autres. Ce n’est pas la première fois que les œuvres de Victor Hugo sont sujettes à des interprétations. A l’aube de quelques films, une comédie musicale et même un dessin animé Disney Le Bossu de Notre-Dame, Pierre Hugo trouve la création d’une suite des Misérables trop poussée. Beaucoup ont protesté le terme de « suite » pour désigner les ouvrages de Cérésa. Un auteur a toujours été un principe unifiant qui permet de regrouper divers ouvrages sous un même nom. Mais une question de canonicité se pose vraisemblablement. L’origine latine du nom « auteur » repose sur le verbe augere : un auteur est « celui qui augmente ». En 1996, Richard Saint-Gelais invente le terme de « transfictionnalité », qu’il développe dans son livre Fictions transfuges. Par « transfictionnalité », j’entends le phénomène par lequel au moins deux textes, du même auteur ou non, se rapportent conjointement à une même fiction, que ce soit par reprise de personnages, prolongements d’une intrigue préalable ou partage d’univers fictionnel. (p. 7) Ainsi, si certains textes font figure d’autorité, les auteurs ont montré dans l’Histoire que les univers pouvaient être étendus. Le fonctionnement est semblable à ce que l’on trouve aujourd’hui dans la fiction populaire, comme Star Wars ou Spider Man. Mais il y a une certaine concurrence de la version existante ; on parle de choses annexes et on exploite les ellipses. Dans le cas de l’affaire Cérésa, il est question d’une atteinte au droit moral par une liberté de création trop grande, et l’auteur semble canoniser les suites. Le tribunal de Paris rend son verdict le 30 janvier 2007. De moult renversements finissent par considérer la suite comme légale, « sous réserve du respect du droit au nom et à l'intégrité de l'œuvre adaptée ». Chose faite, Cosette ou le temps des illusions et Marius ou le fugitif ont toute leur place aux côtés des Misérables. Illustrations : © lioudalivre.fr © Pexels

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