« Culottées » : 5 questions pour comprendre l'œuvre de Pénélope Bagieu
- Oriane
- 27 mai 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 avr. 2025
Au cours de l’Histoire, de nombreuses femmes sont restées sous leur ombrelle par pudeur, ou pour laisser la lumière aux hommes de leur entourage. Pourtant, nombreuses sont celles qui ont fait preuve d’une volonté à toute épreuve, décidées à mener la vie de leur choix. La bande dessinée Culottées, composée de deux tomes publiés en 2016 et 2017, rassemble trente portraits de femmes ayant bravé la pression sociale de leur époque. En quoi l'œuvre est-elle une lecture agréable autant que nécessaire ?
Pour quoi se battent-elles ?
Le sous-titre « Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » révèle un point de départ de la réponse. L’autrice consacre quelques pages à des femmes de tous les continents, nées à différentes époques et issues de divers milieux sociaux. Devinant les fissures qui attaquent leur monde protégé, elles ont choisi de les ignorer et de vivre leur vie comme elles l’entendent. Dans leur histoire, les combats se placent à différentes échelles.

Tout d’abord, il faut se battre pour une vie meilleure. Prenons l’exemple de Sonita Alizadeh, rappeuse d’origine afghane. Elle parvient à s’échapper de sa réalité pour s’envoler en Amérique vers son rêve : au lieu d’être mariée de force comme il est prévu, elle est repérée par une école de musique. Avec un courage exemplaire, Sonita mène son propre combat pour l’évolution des mentalités.

Mais il s’agit aussi de se battre pour son pays. Les sœurs Mirabal, surnommées les Mariposas, grandissent en République dominicaine. Elles contestent de plus en plus la dictature de Rafael Trujillo à ce moment-là en place, et s’engagent alors dans la lutte contre le régime politique. Après avoir été emprisonnées et torturées, elles deviennent un symbole de révolution auprès des Dominicains. La transition vers la démocratie se fait d’ailleurs quelques mois après leur élimination.

Enfin, se battre pour toutes les autres femmes apparaît comme déterminant. L’exemple de la journaliste américaine Nellie Bly, née Elizabeth Cochran et de parents irlandais, montre toute la ténacité dont il faut faire preuve pour se faire une place en tant que femme dans son domaine. Reconnue comme journaliste d’investigation suite à une infiltration dans un asile psychiatrique, puis sans cesse en renouvellement pour conserver sa place, son audace lui a permis de devenir une pionnière de l’émancipation féminine.
Qu’apporte le style graphique de bande dessinée au propos et aux histoires ?
Ouvrir la BD Culottées, c’est se remplir de gaieté. Le style artistique est léger, expressif. Il se démarque grâce aux illustrations qui combinent des traits nets, souples et nerveux, avec de belles ambiances colorées. Le dessin permet de caractériser un individu, de mettre un visage et un corps sur un nom. Chaque femme est en ce sens mise à l’honneur par un effet de concrétisation de sa personne. On apprécie et on visualise plus facilement son environnement. Ces planches de BD feraient presque penser à une collection de photos, comme pour signifier qu’elles ont enfin une médiatisation.
Néanmoins, le style bande dessinée ne laisse pas un espace illimité. Le regret que l’on peut alors émettre est de se trouver face à des biographies rapidement contées.
En quoi cette BD est-elle engagée ?
Culottées vise à honorer des parcours de femmes qui n’ont pas eu de reconnaissance à leur époque et selon le contexte social. L’œuvre véhicule un droit pour les femmes de rendre compte de leurs mérites, de s’exprimer à travers le temps. Elle insuffle des valeurs d’égalité, de défense des droits, et s’inscrit donc dans le genre féministe.
Pénélope Bagieu, elle-même engagée, est comme une médiatrice au milieu de ces voix retentissantes : elle assure ainsi une visibilité qu’elles n’ont pas souvent pu avoir.

Pourquoi pourrait-on dire que l'œuvre est plus intelligente qu’elle n’y paraît ?
Si le style imagé reprend des codes humoristiques et simplistes, il est crucial de discerner ce qui se cache potentiellement derrière. En effet, un paquet de déconstructions de préjugés est mis sous nos yeux, autrement dit l'autrice demande à cesser ces a priori selon lesquels les femmes se sont contentées de suivre ce qu’on voulait d’elles. Pénélope Bagieu se montre ici comme une médiatrice dans le rétablissement d’un équilibre et d’une glorification portée aussi au féminin. Le titre Culottées est de fait intéressant car il révèle avec humour à quel point ces femmes se sont imposées en rejetant ce qui les incombait, et reprend ce qu’on aurait pu dire d’elles, péjorativement ou à leur avantage.
Mais aussi, l’autrice a su présenter ces trente femmes comme des battantes et non comme des victimes. Remarquons ce qui se passe en même temps que la mise en lumière de ces femmes : il y a une déconstruction des idées reçues sur le féminisme. Les différentes approches du mouvement sont palpables, et induisent qu’il est dépourvu d’une vision unique. À travers ces récits de femmes prêtes à soulever des montagnes, les hommes trouvent également leur place et ne voient pas leur intégrité remise en cause.
Finalement, que retenir de l'œuvre ?
D’une part, l’œuvre donne l’élan et l’envie d'aller se documenter un peu plus sur ces femmes remarquables. Son dynamisme se reflète par des dessins drôles et pétillants. En l’étudiant plus en profondeur, on identifie son caractère organique : elle engendre un ensemble de déconstructions, répond à des engagements envers le féminisme. En somme, c’est une BD invitant à retenir l’ensemble des histoires contées au féminin, et à s’approprier son destin.
Conseil de visionnage : Dessiner pour résister, une série Arte qui dresse le portrait de caricaturistes luttant pour l'émancipation des femmes et dénonçant les oppressions dont elles sont victimes dans leur pays.
Illustrations :
© GLMDC






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