Quelle est la recette d’un bon Miyazaki ?
- Oriane
- 15 févr. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 avr. 2025
Je n'ai pas hésité une seconde à me rendre à l'événement « Japan Mania » des cinémas mk2. Résultat : je suis allée voir le film d’animation japonaise Le château dans le ciel de Hayao Miyazaki. J’en suis ressortie touchée et inspirée. Quelle est la recette d’un bon Miyazaki ? me suis-je alors questionnée.
« On va voir un Miyazaki ? » Combien de fois ai-je entendu cette expression, qui reprend le nom du réalisateur japonais en tant que nom commun. Les films de Hayao Miyazaki deviennent tant incontournables qu’ils sont retenus essentiellement pour leur auteur. Et lorsque le maître annonce une sortie imminente, c’est avec intérêt et hâte que le public se réunit, comme pour la plus récente Le Garçon et le Héron. Il s’agit, semblerait-il, de la dernière production de la carrière du réalisateur, qui atteint effectivement l’âge de la retraite. Ayant recueilli des critiques élogieuses, mais aussi plus mitigées sur cette ultime proposition, cela m’a donné envie de m’interroger sur ce qui est attendu d’un Miyazaki et ce qui a fait sa renommée. Au fil des chefs-d’œuvre, on décèle en effet un certain nombre d’ingrédients indissociables. Trois principaux sont ressortis de mon dernier visionnage et de mes souvenirs ; passons les en revue successivement.
Un univers poétique...
… jalonné de héros inoubliables

Sûrement avez-vous déjà eu connaissance de Totoro, Ponyo ou encore Nausicäa, issus respectivement des longs-métrages Mon Voisin Totoro (1999), Ponyo sur la falaise (2009), et Nausicäa de la Vallée du Vent (2006). Ces héros ont fait rêver des générations de spectateurs. Par leur histoire et leurs particularités, ils contribuent à rendre les animations percutantes. On s’attache aussi bien à une créature étrange au pelage gris, capable de défier les lois de la gravité, qu’à une petite fille poisson coincée entre le monde des humains et celui des dieux de la mer. On se rend compte qu’ils sont des guides pour les humains du film, et qu’ils leur font découvrir des lieux ou des parties d’eux-mêmes insoupçonnés. Une certaine poésie se dégage par ces cheminements que l’on n’avait pas anticipés. Souvent, ce sont des enfants qui jouent le rôle des grands en s’aventurant avec témérité là où l’intrigue les mène. Nés de l’imagination du maestro, l’ensemble de ces héros subliment la nature. Ils cohabitent avec elle, tout en montrant les limites que peut engendrer cette contiguïté. L’exemple de Nausicäa s’impose dès lors où l’on considère les actes malintentionnés des humains envers les territoires naturels : la jeune femme tente de défendre vigoureusement son peuple face à des tentatives d’écocides. C’est d’ailleurs suite à ce succès incontestable que le Studio Ghibli voit le jour au Japon en 1985.
… mais aussi truffé de péripéties
Des obstacles, des apprentissages, des apparitions ; nous frissonnons en même temps que les héros qui n’ont décidément pas froid aux yeux. Prêts à partir à la quête du château dans le ciel, Sheeta et Pazu voient les embûches se succéder dans mon dernier visionnage Le château dans le ciel (2003). On est véritablement émerveillé par le courage des protagonistes, auquel s’allie l’amour qu’ils se portent. Par ailleurs, Mahito découvre, lui, une tour abandonnée qui est un accès direct à un monde parallèle et fantasmagorique. Le fameux héron cendré s’obstine alors à le suivre, ce qui lui vaut sa place dans le titre : Le Garçon et le Héron (2023). Alors que pour ces deux films cités la curiosité finit par donner un tout autre tournant aux excursions, Chihiro choisit plutôt de prendre la fuite dans Le Voyage de Chihiro (2002). C’est après cela qu’une rencontre énigmatique lui apportera une vision nouvelle. Chaque voyage dans les films de Miyazaki révèle leur sens profond petit à petit. Les scénarios sont riches en enseignement pour les personnages, on pourrait parler de « voyages initiatiques ». Conduits de manière saisissante, on est happé de bout en bout.
Toujours à la frontière entre le réel et la magie…
… en quête d’émancipation

Les larmes glissent silencieusement, l’émotion est là. C’est peut-être cette force palpable, ces destins touchants. La réalité rattrape, comme on dit, mais la magie opère dans la plupart des films d’animation de Hayao Miyazaki. Représenté avec un regard bienveillant et innocent sur la sorcellerie, l’éloignement du domicile familial de Kiki recèle de découvertes touchantes pour chacun de nous, dans Kiki la petite sorcière (2004). Dans un autre contexte, le jeune archer Ashitaka cherche à se défaire de sa malédiction. Sa rencontre avec San (Princesse Mononoké) change le cours de son destin, elle défend pour sa part une forêt en voie d’extinction face aux activités humaines. On a donc des protagonistes à l’épreuve, en quête d’émancipation. A travers ces trajectoires, se mêlent des récits poétiques et tragiques, surtout dans le long-métrage Princesse Mononoké (2000) où nous avons aussi bien un film de guerre qu’une histoire d’amour. Cet alliage d’une grande subtilité ne peut que vous conquérir !
… en recherche de transparence
Nous l'avons dit, les films de Hayao Miyazaki sont dotés d’une formidable poésie. Mais connaissez-vous les références de certains de ses chefs-d’œuvre ? Prenons Le Château ambulant (2005) par exemple : ce film fantastique mélange subtilement le comique et le tragique, à travers les motifs de l'aventure et de l'amour, tout en racontant le traumatisme de la guerre au Japon. Ainsi, un regard est porté sur le rapport bousculé des humains à la guerre, nous sommes secoués autant que attentifs. De la même manière, Porco Rosso (1995) nous plonge au cœur de la flotte italienne, là où un ancien pilote émérite se voit transformer en cochon. Toute une fable politique se découvre au fur et à mesure, notamment lorsque Porco Rosso déclare préférer être un cochon qu’un fasciste. Ce film, moins connu du grand public, est pourtant l’une des plus belles créations qui explore des thèmes audacieux. D’autres motifs sont aussi exploités avec brio, comme celui de la perte, et montrent à plusieurs reprises la maturité des héros. L'acceptation des différences est de même bien souvent recherchée.

Ainsi, l’innocence et l'émerveillement qu'on associe habituellement aux enfants sont tout à fait repérables dans les œuvres du réalisateur japonais, mais ceux-ci s'associent à l'intelligence, la ruse et la débrouillardise dont font preuve les personnages. Leurs jeunes âges ne laissent transparaître que peu de craintes, au contraire, une hardiesse assez fascinante. Visuellement, c’est époustouflant. La véritable force de la filmographie est effectivement la beauté qui apparaît dans les paysages, ainsi que les musiques. On voyage, c'est aussi simple que ça. Une recette que l’on retrouve dans tous les films de Miyazaki, ceux évoqués dans cet article et bien d'autres encore.
© GLMDC (illustration)








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