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- Poèmes d’une saison d’hiver
Écrire, c’est s’évader. Être lu, c’est être retrouvé. Écrire, c’est franchir les frontières de soi. Être lu, c’est laisser d’autres pas se poser sur ses traces. Écrire, c’est allumer une lampe dans la nuit. Être lu, c’est sentir la chaleur d'autres lumières. Écrire, c’est lancer une bouteille à la mer. Être lu, c’est entendre des voix répondre depuis l’autre rive. Écrire, c’est exhaler un souffle. Être lu, c’est le répandre dans d’autres cœurs. Écrire, c’est enlever le jour. Être lu, c’est faire découvrir la nuit. . Serre-moi le cœur. Plus fort. Encore plus fort. Merci. . O.D. © Oriane Delcourt (illustration)
- Représentations du sommeil dans l’art
Et si, en dormant à côté de quelqu'un, on pouvait faire le même rêve ? Et si pouvoir s’endormir facilement n’était pas une injustice de plus ? Et si la nuit blanche portait autant conseil que la nuit noire ? Et si le pays des rêves avait des frontières, des limites ? Et pourquoi chercher une signification à ses rêves ? Voilà des questions qui me sont venues, en déambulant d ans le s couloirs de l’exposition « L’empire du sommeil » , au musée Marmottan Monet (Paris, XVI ᵉ arrondissement). Sur chaque tableau, une mise en dormance. Comment ne pas succomber, en tant que visiteur, à la tentation de faire un petit somme ? Les commissaires Laura Bossi et Sylvie Carlier ont justement pensé un parcours qui tient en éveil, où chaque œuvre relance le regard . C’est amusant : cela me fait penser au flux infini des contenus sur les réseaux sociaux, capables de nous faire négliger notre sommeil. Le musée me proposerait presque de « scroller » — à la différence près que j’ai choisi d’y entrer. Les représentations en peinture de visages endormis, de corps relâchés sont bien plus nombreuses (et passionnantes) que ce que l’on peut penser. Le corpus d'œuvres présentées au musée se situe entre le XIX ᵉ et XX ᵉ siècle . Pendant cette période, les artistes se sont emparés de l’imaginaire du sommeil, en considération des transformations amenées par la psychologie moderne, dont la psychanalyse de Sigmund Freud. Lors de ma visite, la diversification des représentations m’a le plus marqué. D’une part, le choix de rassembler des peintures, sculptures, dessins et objets, fait ressortir la richesse des incarnations du sommeil : il n’est pas un prétexte mais bien un sujet complexe que les artistes interrogent . D’autre part, on ne passe pas seulement d’enfants aux adultes, ou de lits splendides à des couchages éphémères, mais on observe aussi un dialogue entre une iconographie profane et sacrée, clinique et symbolique. La plupart des œuvres exploitent indirectement la dimension du rêve . En effet, il nous appartient de plonger dans l’esprit des dormeurs et de deviner : rêve ou cauchemar ? De même, l’ambivalence entre le repos et le repos éternel est prégnante dans chaque tableau, mais à nouveau, le parcours laisse le champ d’interprétation très ouvert . Une partie rend aussi compte des troubles du sommeil et du symbolisme de la chambre à coucher. L’exposition se termine le 1er mars 2026. Pour plus d’informations : https://www.marmottan.fr/expositions/lempire-du-sommeil/ © Oriane Delcourt (illustration)
- Poème d’une saison d’automne
J'ai étudié le cœur Son anatomie Sa mécanique J'ai parlé, écrit Sous la dictée De ses battements. J'ai emprunté Son chemin Avant de choisir Celui de la raison J'ai parcouru Le circuit de ses veines Guidée par ses pulsations. Je pensais tout connaître Mais il a suffi que le tien Batte au rythme du mien Pour que j'aie Tout à réapprendre. O.D. © Oriane Delcourt (illustration)
- [Fiction] Photo souvenir
En automne, Paris se vivifie. Des milliers de feuilles tapissent les rues où fourmillent des travailleurs toujours plus pressés. C’est l’effervescence de rentrée. Je crois que ce mouvement me manque. À la retraite depuis 5 ans, je ne monte désormais dans la capitale qu’à certaines occasions. Le constat est toujours le même : je suis bien un fils de Parisiens. Cette année, l’occasion est encore plus spéciale car mon fils vient d’avoir un petit garçon, Roméo. Il me tarde de les retrouver au déjeuner auquel ils nous invitent aujourd’hui. Ma femme Jeanne et moi sommes attablés à l’intérieur d’un café. Le serveur arrive et lance gaiement : - Bonjour, vous avez choisi ? - Oui ! Ce sera un café allongé sans sucre pour madame. - Et un cappuccino pour monsieur, ainsi que deux croissants au beurre s’il vous plaît. - C’est noté, je vous apporte ça ! Le serveur parti, Jeanne se met à sourire. Je perçois dans son regard une tendresse que seul Paris est capable de lui mettre dans les yeux. Moi aussi, je me souviens ma Jeanne. Notre rencontre s’est déroulée à quelques pas de là. Je n’ai rien oublié de ton rire lorsque je t’ai complimentée pour la première fois. C’est l’un des rares éléments qui résonne encore si bien dans ma mémoire. Le serveur me tire de ma rêverie. Le petit-déjeuner qu’il apporte embaume l’air d’une odeur appétissante. Aussitôt vu, aussitôt dégusté ! À la sortie du café, Jeanne me prend par la main et m’entraîne vers le Sacré-Cœur. « Tu te souviens Sylvain, on l’a visité l’année dernière ! » me lance-t-elle. Je replonge dans ma mémoire mais ne visualise plus du tout l’intérieur, seulement des contours. Comment ai-je pu oublier ? Jeanne m’emmène autre part, cette fois-ci dans les petites rues d’artistes. J’ai l’impression de tout découvrir pour la première fois. « Regarde les tableaux là, celui-ci me plaît ! ». Je sais que je ne m’en rappellerai plus demain, mais je l’apprécie aussi. Il y a quelques mois, j’ai commencé à avoir des pertes de mémoire : j’oubliais les prénoms, je ne savais plus ce que j’allais chercher dans telle ou telle pièce... Cela s’est rapidement amplifié avec des oublis plus risqués, comme fermer la gazinière en partant de la maison. Jeanne était très inquiète. Depuis que j’ai ces problèmes, elle tente régulièrement de raviver ma mémoire. Non loin du passage aux artistes, nous tombons sur une boutique d’appareils photo, coincée entre deux restaurants. Un petit garçon prend la pose juste devant. Soudainement, mes pensées s’emballent. Que va devenir la photo de ce jeune garçon ? Aura-t-elle assez de pouvoir pour lui faire revivre ce souvenir ? Nous finissons par entrer dans la boutique et la réponse me semble évidente. Mon regard ne peut contenir son enthousiasme devant tous ces appareils… de l’argentique au numérique, il y en a pour tous les besoins ! Je suis intrigué par un appareil en particulier. Derrière moi, Jeanne a une moue boudeuse ; je ne la sens pas dans son élément. Elle ne le sait pas encore, mais seule une vitre me sépare de mon futur appareil photo, celui qui m’aidera à garder les moments intacts dans ma mémoire. Une fois entre mes mains, l’appareil me rend inarrêtable. Je prends des photos de tout ce que je vois, des enfants sautillant dans un parc aux statues qui surplombent les fontaines. Jeanne et moi ne tardons tout de même pas à retrouver notre petit-fils, son père et sa mère. Nous ne déjeunons pas très loin de la tour Eiffel, dans une brasserie. De nombreux instants sont propices à ce que je sorte mon appareil photo. J’immortalise le visage souriant de mon petit-fils. C’est un peu comme si je donnais à ma mémoire une seconde vie… Je ne vois pas le temps passer. Au moment des au revoir, je fais une ultime photo groupée. Dans le train qui nous ramène chez nous, je suis pris d’une réflexion soudaine que je partage à Jeanne : - Demain, tout sera dans ma mémoire. Je ne pourrai pas capturer le temps qui passe, mais je sais dorénavant que je pourrai conserver des souvenirs dans ma pellicule. O.D. © Canva (illustration)
- Quatre enseignements sur la photographie
L’art de capter l’instant, vu par trois photographes et une exposition, ça donne quoi ? Un mélange de regards, d’enseignements et d’histoires que je vous propose de découvrir ensemble. Juillet 2025, au musée de l’Orangerie. Je suis encore dans la salle des Nymphéas quand une question me traverse : est-on toujours passif devant une œuvre d’art ? L’exposition temporaire qui termine ma visite me montrera qu’il existe des esthétiques plus déstabilisantes que d’autres. « Dans le flou » présente une autre vision de l’art, de 1945 à nos jours. Tableaux et photographies se succèdent devant mon regard mis à l’épreuve. Le flou est partout, donnant aux œuvres un champ d’interprétations immense. Je sens mes yeux et mon esprit en manque de repères. C’est étonnant, ce besoin de faire une mise au point. Mes modes de perception recherchent le tangible. Et si, pour une fois, j’explorais l’insaisissable, le trouble, le mouvement, l’indéterminé, l’allusion, l’instable comme le signe de la subjectivité de son auteur ? Que je n’attendais pas l’accès direct à la réalité, la vision nette pour commencer la quête d’identité ? L’exposition m’aura appris en tant que visiteuse à être active devant une œuvre et, en tant qu’artiste à prendre par la main le regardeur, tout en l’invitant, avec malice, à se détacher des certitudes du visible. *** C’est en consultant le journal de la ville de Montrouge (le Montrouge Mag n° 187 - été 2025), que j’ai découvert Pascal Hausherr. Montrougien depuis 2016, il s’est spécialisé dans la reproduction photographique d'œuvres d’art et d’objets. Il réalise également des portraits en studio ou in situ pour des particuliers, des entreprises et des événements. L’enseignement que j’ai retenu : il n’y a pas qu’une seule manière de faire de la photographie, et plus largement de l’art. La singularité de Pascal Hausherr lui vient de sa façon de considérer le sujet comme un prétexte pour saisir le réel, le monde extérieur. Là où d’autres artistes le voient comme un problème à résoudre, Pascal Hausherr ne se pose pas la question du sujet. Le monde tangible est mis à distance et ainsi, plus subjectif. Ce qui compte, c’est l'harmonie de l’ensemble et comment tirer avantage de la lumière. Dans ses scènes photographiées, aucune hiérarchie entre les personnages et les éléments les entourant. Les points de départ de ses récits se trouvent dans un mot, un titre, une intention. *** L’enseignement de Pascal Hausherr ressort d’autant plus que, 30 ans avant lui, Robert Doisneau avait une conception différente de ce que le sujet apportait à son art. C’est au musée Maillol, en juin 2025, que Robert Doisneau (1912-1994) a impacté ma vision sur la photographie. L’exposition « Instants donnés » présente une sélection de 400 clichés de l'œuvre léguée du photographe, éclairés par des citations, des documents et des archives audiovisuelles. S’il y a bien une leçon à retenir du travail de Robert Doisneau, c’est qu’ il ne faut pas craindre des ruptures de style : l’artiste voit son art évoluer au gré du temps et des contextes, porté par sa capacité d’adaptation et la constance de son apprentissage. Autodidacte, Robert Doisneau sait habiter le monde avec un regard humaniste et un supplément d’âme dans ses photographies. Sa patte s’est développée au fil des évolutions de la société, mais aussi de ses rencontres et de ses commandes. Il n’a pas eu peur de faire des pas de côté : « Mon cheminement a été tâtonnant, animé par les attirances et les répulsions, ballotté par les événements, laissant à l’intuition la part belle et même un peu rebelle. » écrit-il dans son livre Trois secondes d’éternité. Pour lui, la technique est un sujet à proscrire. Il se veut proche de son sujet pour le dépeindre avec compassion. Quand il prend du recul, c’est pour révéler le décor. Si son art évolue continuellement, Robert Doisneau est finalement resté tout ce temps un chroniqueur du réel et un poète de l’instant. *** Elle s’est adonnée à sa passion de la photographie quotidiennement sans jamais rien montrer. Vivian Maier (1926 - 2009) est une autodidacte franco-américaine, r estée inconnue de son vivant. C’est en 2007, à Chicago, qu’un jeune agent immobilier se fascine pour un lot de photographies qu’il décide d’acheter aux enchères. Il retrouve peu après leur auteur qui n’est d’autre que Vivian Maier . Derrière elle, 143 000 clichés et 50 ans de sa vie dédiés à photographier ses lieux quotidiens. Nanny de profession, Vivian Maier est très curieuse. Ses scènes photographiées suggèrent qu’elle aime prendre ses sujets sur le vif, qu’ils se trouvent dans des quartiers huppés ou défavorisés. Elle a un sens de la composition, des couleurs et du cadrage, de même qu’une grande inventivité. Ce qu’elle m’apprend ? Que la photographie est avant tout un acte de révélation du monde, plus que de révélation au monde . La découverte de son œuvre, restée cachée toute sa vie, montre que la valeur d’une image ne dépend ni de la notoriété de son auteur, ni de son intention d’être vue, mais de la sincérité du regard qu’elle porte sur le réel. De ces quatre enseignements, je garde une certitude : la photographie ne dit pas le monde, elle le questionne. Et si, à notre tour, nous apprenions à regarder autrement — à accepter le flou, à accueillir la lumière et à chercher la poésie de l’instant ? © Oriane Delcourt (illustration)
- Poèmes d’une saison d’été
Petit matin Des nuages s’étirent sur tout le ciel Ce matin Je regarde la vie se renouveler À ma fenêtre Le vent se tapit dans l’air Les arbres bougent à sa rencontre J’écoute cette mélodie Un instant Je guette le chant des oiseaux Il ne devrait plus tarder Trois, Deux, Un… - La journée peut commencer. . Zénith En un jour, le soleil a traversé les vallées, Dérivé dans les montagnes Et mis son nez dans les rivières. Je n’ai pas la chance d'aller jusque-là. Chaque jour je traverse les rues, Dérive dans mes pensées, Et mets mon nez dans mon travail. - Heureusement, ma tête est remplie de paysages. . Pensée au crépuscule Et si chaque battement de cil était un pas de plus vers une nouvelle réalité ? . Minuit sonne J’imagine les étoiles comme des milliers de rêves que l’on dépose dans le ciel. Et lorsque l’étoile est filante, c’est que le rêve arrive sur terre pour réjouir son propriétaire. . O.D. © Canva (illustration)
- Regards d’experts sur les zones bleues
Êtes-vous familiers avec les « zones bleues » ? Il s'agit de cinq régions dans le monde présentant la plus grande concentration de centenaires heureux, et en excellente santé. Découvrez leur origine, et ce qui les rend synonymes de longévité selon les experts. Dans l’imaginaire collectif, notre condition de mortel suscite à la fois peur et fascination. Si nous redoutons de « mal vieillir », nous conservons malgré tout un désir universel de vivre longtemps et en bonne santé . Dans l’Antiquité et durant des millénaires, cette longévité représentait un événement rare, notamment à cause du taux de mortalité infantile. C’est au cours du XXe siècle en France que l'espérance de vie augmente considérablement, comme l’indiquent les données de l’INSEE . L’origine des « zones bleues » Autour de 1973, deux enquêtes démographiques sont menées, dont une par le médecin et chercheur américain Alexander Leaf , dans des pays connus pour la longévité de leurs habitants. Elles sont cependant invalidées en raison d’une falsification des âges par les résidents eux-mêmes. Les recherches reprennent en 1999. Concentrées sur l’ île de Sardaigne , elles confirment l’existence d’une zone géographique assez restreinte, dans laquelle le nombre de centenaires est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale. Cette zone est appelée « zone bleue » car il s’agissait de la couleur utilisée par les géographes pour marquer d’un point la localisation de chaque centenaire confirmé. Plus le nombre de points augmentait, plus il était possible d’identifier les premières zones bleues. Aussi le bleu est une couleur riche en significations, souvent perçue comme positive et rassurante. À partir de 2004, Dan Buettner - explorateur, journaliste et auteur américain - popularise le concept. Il entreprend un voyage autour du monde à la recherche de témoignages, et livre dans ses articles publiés dans le magazine National Geographic, les enseignements les plus précieux de ces centenaires évoluant à l’intérieur de ces régions. Aujourd’hui, les cinq zones bleues certifiées se trouvent : sur l’ île d’Okinawa , au Japon ; dans la région d’Ogliastra en Sardaigne (Italie) ; sur la péninsule de Nicoya , au Costa Rica ; sur l’ île d’Ikaría , en Grèce ; dans la municipalité de Loma Linda , en Californie. Les 5 zones bleues certifiées Les secrets de ces zones longévives À la question « que faire pour vivre mieux ? » , leurs habitants vous répondront selon les trois principaux piliers de la longévité : l’alimentation, le lien social et le mouvement régulier. Les experts ajouteront que la génétique compte pour 20 % de notre longévité, en plus de préciser que nous sommes donc en mesure de maîtriser plus de la moitié de ces éléments. D ans ces endroits, les habitants veillent à respecter des principes de base. Parmi eux : une vie qui a du sens, un quotidien peu stressant permettant de bouger son corps régulièrement . Leur alimentation suit le rythme des saisons, ils consomment des aliments non-transformés, idéalement cultivés sur leur lieu de vie. De plus, la vie en communauté y est très prisée : les habitants consacrent du temps à leurs proches, partagent des repas, participent à des activités ensemble, échangent et s'entraident beaucoup . Mais alors, que faire à notre échelle ? Rassurez-vous, nous n’avons pas besoin de vivre dans une zone bleue certifiée pour en tirer les bénéfices. Si l’alimentation a longtemps été considérée comme le pilier le plus important, il faut se rappeler qu’elle n’est pas la seule clé du trousseau ! Une vie longue et en bonne santé repose sur un ensemble de facteurs et d’habitudes quotidiennes . Ensuite, prenons du recul sur le concept. Avec son équipe de chercheurs, Dan Buettner a défini trois critères auxquels une région doit répondre pour être certifiée « zone bleue » : une documentation fiable des taux de naissance et de décès, une longévité nationale élevée comparée au reste du monde, et une longévité locale encore plus élevée . Or, la plupart des zones bleues actuellement certifiées présentent un point commun, celui d’être des îles, donc isolées géographiquement. L'éloignement des grandes agglomérations et de la mondialisation pourraient-ils être des facteurs avantageux pour la longévité de ses résidents ? Aussi le critère de moyenne nationale exclut les pays à faible longévité nationale mais avec une forte longévité locale. Si l’on prend l’ exemple de la ville chinoise Rugao dans la province du Jiangsu, de nombreux experts s’accordent à dire qu’elle est la « cité de la longévité » . Pourtant, la faible longévité du pays fait qu’ elle n’est pas considérée comme une « zone bleue ». Pour finir, renseignons-nous et apprenons de ces centenaires exceptionnels grâce à : Dan Buettner lui-même. Depuis ses premiers constats, il a créé sa trademark Blue Zones ® et met à disposition des ressources pour vivre aussi bien que les résidents des zones bleues (livres, articles, recettes, etc.) La série documentaire sur Netflix, 100 ans de plénitude : Les secrets des zones bleues Le podcast de France Inter : Les zones bleues, fontaine de jouvence ? Quelques méthodes pour vivre vieux | France Inter Illustrations : © Canva © Pixabay
- [Non-fiction] Changer
Il y a tellement de raisons de changer et de façons d’évoluer. Pour un temps ou pour de bon, pour avoir ou pour être quelque chose. Je crois que le monde est peuplé d’idées neuves, que des envies de les mettre au jour y sommeillent. Qu’il soit pour soi ou pour l’autre, le changement ne prévient pas toujours. Je crois qu’on peut se lever un matin avec une fraîche raison de changer. Changer quoi ? De vie, de coupe de cheveux, de travail, ou bien ses fringues qu’on avait pourtant choisies la veille. Avec de la volonté et ce mot à la mode, « le déclic » , on examine son quotidien, on s’imagine, dans une semaine ou deux ans, comment il se portera. Tout dépend de la teneur du chantier. On idéalise, un peu avouons le, le bénéfice. Quelques jours après, on devient accro, obnubilé par le changement qu’on cherche à opérer. S’il peut être fait le plus vite possible, tant mieux. Certains en parlent même autour d’eux, et s’en vantent un tout petit peu. D’autres l’intériorisent, l’enfoncent dans leur poumons pour le respirer jour et nuit, et ainsi garder le cap. La raison, c’est l’influence, le point de départ. Elle peut arriver sans s’annoncer, comme elle peut s’établir progressivement. Je pense aux nouvelles apprises au bout du fil, je pense aux rencontres, les plus belles et les plus anodines, je pense aux naissances et aux morts. Je pense aux tragédies, aux voyages, aux manifestations, aux lectures et aux visionnages. Je m’imagine le jour où tout a changé pour mes parents, la dernière heure avant la fin de mes études. Je repense à la soirée où j’ai fini bordée par l’amour, le repas interrompu par le coup de téléphone. Ou encore le café siroté près de la Tour Eiffel qui m’a coûté tellement cher que je n’ose plus imaginer m’installer à Paris. J’aime ces moments de justesse, ces quelques minutes ou ces années à méditer, à vouloir se changer avant de se lancer pour de vrai. Je pense aussi à ceux qui gambergent, pris par la douleur, le temps, l’hésitation. Ceux qui n’ont pas de changements imminents, d’annonces à faire. Vous réaliserez que le temps est un luxe, une chance, et qu’il va de pair avec l’évolution. O.D. © Unsplash (illustration)
- [Fiction] Un temps pour tout
J’ai tout préparé. Les serviettes sont pliées, les couverts disposés, les verres retournés. Je suis en ordre : habillée, coiffée et légèrement maquillée. L’appartement est propre, le bazar m’est inconnu aujourd’hui. J’ai même mis un fond musical. Aucun doute : la guitare acoustique plaira à mes invités. En réalité, rien ne peut échapper à leurs goûts, puisque tout est pensé pour eux. Mamie aura son coussin de plus sur sa chaise, papi, son pain de seigle, et mon cousin pourra garder un œil sur son fils dans le salon. Mes parents ont choisi le menu du jour, et j’ai fait chaque plat exactement comme ils voulaient. Le déjeuner de famille, c’est un pli à prendre. Surtout dans la mienne où la tradition se perpétue depuis des années. C’est aussi une réunion de personnalités et de générations, un repas occasionnel. Le rendez-vous rêvé pour raconter ses dernières péripéties - ou pas. Il y a les annonces qui surprennent, les tensions qui échauffent, les questions qui reviennent. Un certain coup de pression à sa préparation. En fin de compte, des sentiments mitigés. J’étais moi aussi hésitante à l’idée de l’organiser, mais avec les instructions de mes parents, je me suis dit : « simple comme bonjour ». Je ne mets les petits plats dans les grands qu’à de rares occasions. Pour tout avouer, ma crémaillère s’est déroulée 3 mois après mon emménagement, et ce n’est même pas moi qui en suis à l’origine. Moi, Maya, je me suis engagée à ne pas dévaliser les magasins de belles décorations d’intérieurs. Comme je n’ai tenu ma promesse qu’à moitié, j’ai plusieurs pièces de vaisselle, mais pas assez pour tout un régiment. Et puis, j’aime recevoir simplement ; cela plaît à mes amis, peu regardants du récipient dans lequel je mets les chips. Ding dong. « Déjà ?! » Un dernier geste qui sauve, avant d’ouvrir à mes convives : embaumer les pièces d’un parfum d’ambiance, la seule chose que l’on doit faire à la dernière minute ! Le sourire jusqu’aux yeux, je dégage la porte. Devant moi, la dernière personne que j’attendais : le facteur. Il me tend une lettre, que j’attrape, l’air un peu confus. « Vous souhaitant une bonne journée » me répond-il, sa casquette en main. Évidemment, je suis tentée de l’ouvrir, mais je remarque à l’arrière du papier que l’émetteur n’est d’autre que mon meilleur ami, Lucas. Curieuse, je déchire sans attendre la languette. Je n’ai aucune idée de ce qu’il souhaite me dire, ni pourquoi il m’écrit une lettre. Ma famille devrait arriver dans une quinzaine de minutes, alors je choisis de me jeter sur le canapé : une petite lecture me détendra. Chère Maya, Tu dois sûrement être surprise que je t’écrive, penser que c’est too much. Je t’imagine affalée sur ton canapé, prête à lire en diagonale mon baratin (eh oui, je te connais par cœur). Pourtant, j’aimerais que tu lises attentivement, que tu prennes le temps d’accueillir ce que je te dis. Tout simplement parce que ce n’est pas facile pour moi. Oh… Je ne sais pas comment réagir. Effectivement, il me connaît très bien, car je me redresse à la seconde où je lis ces quelques phrases. Lucas et moi, c’est une grande histoire. On s’est connu à l’école primaire, puis on a été séparés au collège pour cause d’affectation différente d’établissement. On habitait chacun d’un côté de la frontière du département. Je nous revois encore s’amuser à mettre un pied sur la ligne limite, à se croire dans un monde à part, dénué de tout cadre. À notre arrivée au collège, on avait réellement perdu tous nos repères : nos retrouvailles quotidiennes, nos habitudes, notre vie d’avant. Ce « monde à part » nous était imposé, et c’était là, la limite dépassée. Heureusement, notre lien a tenu le coup : je l’ai toujours perçu comme plus fort que tout. On se faisait des SMS, on s’appelait certains soirs. Je fixe ma plante à moitié morte sur ma table en verre, pendant que les souvenirs défilent dans ma tête. Il est temps de revenir à la réalité, à celle de la lettre. Alors voilà, depuis quelques mois, je me surprends à penser à toi. Différemment de d’habitude, je veux dire. Je pense à toi avec des choses en plus. Avec des envies de te retrouver, avec des regrets de ne pas t’avoir près de moi, avec plus d’intensité… Je pense à toi avec moins d’amitié, mais plus de sentiments. Je pense à toi comme je n’ai jamais pensé à toi, avec des picotis dans le cœur et dans le ventre. Ma main s’amène à mes lèvres instinctivement. Je ne peux pas le croire. Ding dong. Je ne bouge pas. Je n’ai pas envie de bouger. D’un œil complètement ailleurs, je lis la fin de la lettre. Mon cœur bat à tout rompre, et j’ai le ventre noué. Lucas me dit qu’il voudrait entamer une relation avec moi, qu’il se sent amoureux. Il ne nie aucunement l’amitié que nous avons développée, mais pense que nous pouvons évoluer sainement ensemble. Main dans la main. Ding dong. Il me demande mon avis. Punaise . Mon corps parle pour moi, même si rien ne devrait se manifester actuellement. Ma famille attend devant la porte, j’entends même le fils de mon cousin pleurer. Moi aussi petit, j’ai envie de pleurer. Moi aussi, je m’impatiente. Je me sens confuse et bouillonnante, happée par une envie de fuir. Après des années d’amitié, je pensais le connaître parfaitement. Après des années à évoluer ensemble, je le pensais plus prévisible. S’il a développé une connexion de plus en plus intime avec moi, je ne sais pas vraiment si c’est le cas de mon côté. Il faut s’attendre à tout, en amitié, mais on ne peut pas tout accepter. Alors Lucas, je lis tes mots, mais je les comprends difficilement. 3 appels manqués . Mince, ma famille ! Je replie la lettre et la dépose délicatement sur mon étagère, en-dessous d’un livre. Promis, je ne l’oublie pas. J’ouvre la porte sur mes grands-parents, mon cousin, sa femme et son enfant. Ils ont le sourire et me racontent à quel point mamie a eu du mal à utiliser son téléphone pour m’appeler. Un classique dont je ne me lasse pas. Mes parents arrivent juste après, essoufflés d’avoir couru dans les escaliers. - On pensait être en retard ! Pourquoi êtes-vous toujours sur le palier ? - Maya ne veut pas nous laisser entrer, répond mesquinement mon cousin. Un apéritif plus tard, nous voici prêts à nous attabler. Je me dirige vers la cuisine pour venir chercher le plat, mais mon esprit voit les choses autrement. La lettre de Lucas m'obnubile. J’ai envie de la relire, de lui répondre sans tarder. Pourtant, j’ai peur de ne pas trouver les mots justes et de le blesser à tout jamais. En amour, je suis maladroite, il faut dire. Je n’ai pas encore coché la case de la première relation, et celle du premier baiser, je l’ai effleurée. - Maya, tu viens ? lance papi, pressé d’avoir son pain de seigle. - Oui j’arrive, une seconde ! Ce n’est pas le moment de prendre la lettre : le moment est à ma famille. Je tente de me persuader, de respirer un bon coup, avant de repartir les mains pleines vers la salle à manger. Les assiettes se font passer, tout le monde semble ravi du plat que j’ai préparé. Mes parents ne disent aucun mot, j’en conclus qu’ils me laissent le mérite. Même le petit de mon cousin est content de son jambon-purée. D’habitude si difficile à satisfaire, il commence visiblement à nous rendre la tâche plus simple. - Dis-moi ma chérie, as-tu rencontré quelqu’un ? Ma mamie a sorti la mauvaise carte, sur l’ensemble des questions qu’elle pouvait me poser. Je fais mine de ne pas comprendre tout de suite : - Ah j’ai rencontré beaucoup de monde ces derniers jours. Le coiffeur par exemple, j’y suis allée mardi dernier et… - On parle d’un autre type de rencontre Maya, renchérit mon cousin, un peu trop impliqué dans la discussion. - Ah euh, non. Je suis restée enfermée avec mes livres, ils sont plus intéressants. Ma mère, plus pudique que sa belle-famille, me sauve la mise en proposant de la sauce à ma grand-mère. C’était sans compter mon papi… - Le boulanger, et son pain de seigle très bon, tu devrais le rencontrer ! - Ça ne marche plus comme ça les rencontres, papa. À nos débuts avec Dalila, nous échangions par lettres. On appelait ça « nos bobards » car on s’inventait des vies. Jusqu’au jour où nos vies sont devenues qu’une, et que la réalité a dépassé la rêverie. Maintenant, c’est différent. - De toute façon, avec toi tout est toujours différent d’avant, rétorque ma mère, les pommettes légèrement roses. Tout est toujours différent d’avant . Cette phrase, prononcée avec franchise, résonne dans ma tête. Et si Lucas et moi devenions « différents d’avant » ? Et si on s’autorisait à changer le statut de notre relation ? Mes suppositions refont le monde le temps d’un instant. Finalement, il n’y a qu’à se dire oui, qu’à appuyer sur le bouton pour déclencher le statut « en couple ». Il n’y a qu’à se faire confiance. L'instantanéité d’un tel changement fait peur. Je dévisage mon poisson dans l’assiette, comme s’il avait été le pire des animaux aquatiques. Autour, mes grands-parents bavardent, mon cousin et sa femme font semblant d’être intéressés. Mon père ne s’est pas rendu compte qu’avec sa remarque il avait atteint la sensibilité de ma mère, qui se plaît à replonger dans ses souvenirs. Si le monde pouvait réellement s’arrêter à cet instant, je prendrais la lettre de Lucas, la relirais maintes et maintes fois, avant de lui répondre : Cher Lucas, Tes mots se sont inscrits dans mon esprit comme le pollen incrusté dans la fleur. Je te remercie d’avoir été honnête. Pour ma part, je ne ressens pas de sentiments pour toi, et je préfère que l’on reste ami. Ces aveux nous feront sûrement l’effet que tout est différent d’avant, mais je ne l’espère pas. À bientôt, Maya O.D. © Oriane Delcourt (illustration)
- [Fiction] Ah... ce soir-là
Ce soir-là, j'avais hâte. Hâte de ce qui m'attendait, de près ou de loin. Le soleil partait se coucher, pour mieux resplendir. Je restais debout, moi, les yeux brillants dans la nuit. J’étais comme toute jeune fille dans la grande ville : saisie d'un désir de grandeur. Je voulais le monde à mes pieds. Une folie que je n’avais pas là-bas. Car ici, on ne me connaissait pas ; je pouvais me fondre dans la masse. Devenir qui je désirais. Trouver le bonheur dans un nombre indiscutable de rencontres. Il fallait me voir, fascinée par le train de vie qu'ils menaient tous. J’avais les yeux grands ouverts, avides de nouveautés. Le ciel nocturne encapsulait déjà la ville. Depuis ma fenêtre, je pensais à tout, à lui, à tout à portée de main : rêves, sourires, peaux nues. Énergie frénétique émanait de corps brûlant. Je voulais lire dans les visages, entendre des milliers d’histoires. Je m’en foutais du café bas-de-gamme, tant que je gardais cette soif de me lever le lendemain. D’habitude, on finit toujours par chuter, pire, par retomber sur ses pattes. On se décide à distinguer le bien du mal. C’est comme ça, naturel. Mais ce soir-là, je n’y pensais pas, ou à peine. J’avais le cœur sur le jour-J, pas sur l’après-folie. Et je rêvassais parce que je n’avais pas pu me l’autoriser, alors il fallait me voir, entrer dans le temps où les choses vivaient en grand. Ce soir-là, je m’étais relevée, et j'avais hâte. © Oriane Delcourt (illustration) - Exposition « The Art of Brick » , février 2024
- Agir pour les jeunes et leur accès à la culture
Dernièrement, l’exposition « Au fil de l’or » au musée du quai Branly. Mon billet étudiant gratuit m’a fait me poser quelques questions : depuis quand la culture est-elle plus accessible pour les jeunes ? L’est-elle réellement partout ? Voici un aperçu historique et sociétal de cette évolution, des réflexions, ainsi que plusieurs ressources sur le sujet. En juin 2024, une étude d’OpinionWay pour Sofinco , filiale du groupe Crédit Agricole, s’intéressait à la situation financière des étudiants. Sur un budget mensuel moyen de 700 euros, les étudiants dans l’enseignement supérieur consacrent environ 53 euros pour leurs sorties et loisirs (incluant la culture, le sport, les soirées entre amis… ). Leurs dépenses culturelles sont donc noyées parmi d’autres types de dépenses. Cette situation est une clé d’entrée pour faire en sorte que les jeunes aient un meilleur accès à la culture. Mais se pose la question de la méthode : faut-il aider les jeunes à payer leurs activités culturelles en leur allouant une somme, ou bien inciter les institutions culturelles à baisser les prix de leur billet d’entrée ? Démocratiser la culture : un premier enjeu Remontons plusieurs années en arrière. La période de l’après-guerre marque le début d’ une démocratisation culturelle globale . Dans les années 1950-1970, l’État commence à investir massivement dans la culture. La création du ministère des Affaires culturelles , dans le premier gouvernement de la Ve République, annonce déjà une reconnaissance de la culture comme enjeu d’État. Ce ministère est confié à André Malraux , écrivain et intellectuel engagé, qui prend ses fonctions en juillet 1959. À partir de là, de nombreuses institutions se développent pour offrir un accès peu coûteux, parfois même gratuit, à la culture : bibliothèques, musées, MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture). Peu de temps après, les médias de masse - télévision, radio, presse, cinéma - deviennent des vecteurs puissants de diffusion de la culture. Dès les années 1980, les jeunes y accèdent facilement, souvent gratuitement. Les émissions culturelles et éducatives ne manquent pas, rendant la culture plus ludique et attrayante : « Dimanche Martin » (1980-1998), « La Dernière Séance » (1982-1998), « À cœur et à Kriss » (1980-1981), et bien d’autres ! Dans les années 2000, c’est au tour du numérique de bouleverser les codes. Internet permet un accès instantané à une immense variété de contenus culturels (livres numériques, musiques, films, documentaires, visites virtuelles de musées, cours en ligne), quand les plateformes (YouTube, Netflix, Spotify, Instagram…) facilitent la vulgarisation et la popularisation de la culture. Car oui, les multiples visages de la culture sont à prendre en compte. En avril 2018, une étude de l’Observatoire Cetelem du groupe BNP Paribas Personal Finance, révélait les pratiques culturelles des Français. Si la plupart associent la culture à des cadres très classiques, la tranche d’âge des jeunes appréhende, elle, plus largement le domaine . Voici une partie des résultats : Page 9 du compte-rendu de l’étude - © Observatoire Cetelem La « culture jeune » : qu’est-ce que c’est ? Dominique Youf, philosophe spécialisé dans la question des droits de l’enfant, explique comment penser la « culture jeune » dans un article de la revue Les Cahiers dynamiques . La « culture jeune » est celle qui est propre à la génération des jeunes. Elle désigne à la fois les pratiques, valeurs, références, codes, styles et formes d’expression propres aux adolescents et jeunes adultes. Si l es goûts musicaux, la manière de s’habiller et de parler peuvent varier d’un jeune à un autre, ils gardent le point commun de se distinguer de ceux de leurs parents. En réalité, la culture jeune, c’est une façon pour eux d’exprimer une identité et une subjectivité propres . Elle est une rupture partielle avec la culture des générations précédentes, marquant une volonté d'affirmation. « Il n’y a pas opposition entre cultures jeunes et culture classique dans la mesure où certains de ces modes d’expression vont être reconnus dans le monde de l’art, du sport et de la musique. » - Dominique Youf Les initiatives récentes Plusieurs initiatives en faveur de l’accessibilité des jeunes à l’art ont vu le jour ces dernières années. Si nous pensons en premier lieu à la gratuité des collections permanentes des musées nationaux, accordée depuis le 4 avril 2009 aux jeunes de moins de 26 ans , il est aussi utile de mentionner le Pass Culture lancé en 2019 en France . De nombreuses institutions proposent également des réductions pour les jeunes avec les tarifs étudiants. Ces mesures concourent à une meilleure accessibilité à la culture, en aidant les jeunes à payer leurs biens et leurs activités. Nous le savons, l’intérêt pour la culture contribue au développement de l’esprit critique, de l’épanouissement, et participe à la construction de la perception du monde passé, présent et futur. De réels bénéfices ! Cependant, si nous pensons en termes de situation géographique et personnelle, un jeune n’aura pas la même offre, ni la même demande qu’un autre. Une seconde méthode se dessine alors : faut-il aider les jeunes à payer ou bien à diversifier leurs activités culturelles ? Il existe plusieurs sphères de diffusion de la culture : les institutions scolaires, les universités, le milieu familial et la sociabilisation. Pour ces deux dernières sphères, plus relationnelles, la famille, les amis et les réseaux sociaux en sont les prescripteurs. Notons aussi la question de l’initiation , qu'elle soit entre jeunes, entre générations différentes ou entre personnes de cultures différentes. C’est un enrichissement réciproque du regard que nous portons à la culture. Mais après que le désir de culture a été transmis, comment continuons-nous à en dépendre une fois devenus autonomes ? Deux facteurs sont à prendre en compte : les préférences et les freins . Le premier découle de stimulus de l’environnement et de l'entourage. Le second peut être divisé en deux catégories : les freins objectifs comme les transports, les prix, et psychologiques comme la légitimité, la révolte, l’auto-censure, le concept de l’entre-soi. La question de l’accessibilité repose donc aussi sur le plan psychologique . Le concept de l’entre-soi, entre autres, désigne un regroupement de personnes aux caractéristiques communes, tel que le milieu social ou l’âge. Il est néanmoins important de continuer à décloisonner les publics, faire l’expérience de la curiosité et faire comprendre que nous sommes libres de venir à n’importe quelle activité culturelle. La culture est aussi un échange, une conversation, et les jeunes peuvent y venir avec leurs propres codes et leurs propres références. Dans un podcast de Radio France , la directrice de la MJC de Saint-Denis évoque une initiative de l’établissement : mettre en place un Conseil des jeunes pour qu’ils discutent de leurs attentes envers la MJC, et qu’ils puissent les rapporter à des interlocuteurs. Si le cadre institutionnel est, selon elle, à préserver, elle accorde une grande attention aux rencontres entre artistes et élèves dans les écoles. La place de la culture dans la société est aussi à garder en ligne de mire. De plus, elle propose une mesure que j’ai trouvée intéressante : un Pass pour accéder à une activité culturelle particulière en illimité, à un tarif réduit destiné aux jeunes et avec un engagement sur le mois ou l’année. Avec ce budget fixe, nous sommes autonomes sur la façon dont nous voulons profiter de l’offre ; cela incite à la curiosité. À la MJC de Saint-Denis, cette mesure a récemment été mise en place, avec un pass à 7 euros par mois pour un engagement sur 10 mois, permettant de voir et revoir les spectacles du théâtre. Résultat : les jeunes ont vu en moyenne 8 spectacles, ce qui est notable, et 75% des personnes du Pass sont de nouveaux spectateurs. Finalement, un grand travail de démocratisation a déjà permis aux jeunes d’accéder à la culture. Pour avoir un équilibre entre offre et demande , la question de la méthode dépend de plusieurs facteurs : l’initiation, le désir de culture, les freins objectifs et psychologiques, les préférences, l’offre. Tout ceci pris en compte, il ne suffit pas d’aider les jeunes à payer leurs activités, il faut aussi agir sur ces facteurs, en particulier dans l’éducation. Selon moi, la culture jeune ne peut pas leur être enlevée, et l’offre culturelle ne doit pas s’y adapter. Chaque initiative est un pas de plus vers une meilleure accessibilité, qu’elle émane des parents, des établissements scolaires et universitaires, des institutions culturelles ou de l’État. ------- Ressources utiles -------- Mathias Bernard, La culture jeune : objet d’histoire ? sur Open Edition Journals , page 89 à 98, mis en ligne le 20 février 2014 , URL : https://journals.openedition.org/siecles/1465 Etudiant.gouv, Se cultiver sans se ruiner , mis en ligne le 10 juin 2024 sur etudiant.gouv.fr , URL : https://www.etudiant.gouv.fr/fr/se-cultiver-sans-se-ruiner-1348 Illustrations : © Freepik © fondationdefrance.org
- Poèmes d'une saison de printemps
Il n’y a même pas vingt minutes, le ciel était si beau Un ensemble digne des plus grands coups de pinceau Je n’avais pas vu ces couleurs auparavant Ou peut-être n’avais-je jamais pris le temps De les penser autrement. . Sensation des mains qui se touchent Union palpable d’un salut sans bruit Les paumes se réchauffent entre elles Euphorie dans tout le corps Puissance du contact lorsque l’amour les dévore Sensation à l’intérieur du train en marche Avancer sans broncher Regard vide à la fenêtre L’œil frustré de ne pas atteindre de cible Des visages inconnus se joignent au voyage. . Le bout de tes lèvres m'a dit « Reste » Du bout de ton cœur, tu m'as dit Tout le reste. . J’écris les mots qui me viennent, comme les moments qui me reviennent. J’écris les souffrances, celles qui me retiennent. J’écris le vif des sujets, avant même d’y entrer. J’écris la nuit, avant même de voir le jour se lever. J’écris pour nous, pour vous. J’écris à fleur de peau, à bout portant. Je vais écrire ce qui suivra, ou peut-être un autre moment. . O.D. © Oriane Delcourt (illustration)




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